Je lis : des ratures. Je cite : «On met tellement de temps à devenir adulte, c'est toujours trop tard, et la vie se venge en nous infligeant des peines qui ne s'effacent pas et des remords affreusement amers.» (Frédéric Mitterrand) (mis à jour dimanche 18 novembre 2007 à 08:58)
Où Griffin reconnaît une fois pour toutes qu'il ne comprend plus du tout la jeunesse d'aujourd'hui
- Dites, Romain, excusez-moi mais je voulais vous demander... c'est quoi, cette manière de rentrer votre pantalon dans vos chaussettes? On dirait le jeune Rouletabille!
- M'enfin, Monsieur, vous ne savez pas? Ben, c'est comme ça: c'est la mode, aujourd'hui!
Il est des journées dont on ressort fourbu, découragé, parfois déçu par les autres comme par soi. Ces jours-là, on a envie de tout laisser tomber. C’est la tentation, pour moi non, de Venise mais de l’Amazonie.
L’Amazonie. A vrai dire, j’en ignore, ou presque. Je sais juste qu’on dit que c’est le poumon de la planète, et cette image fait sens, à mes yeux : la vie est possible grâce à l’Amazonie ; la vie naît de l’Amazonie.
J’ignore tout de l’Amazonie mais j’ai vu ce film, vers quatorze ou quinze ans : La Forêt d’émeraude, de John Boorman, et ce film m’a marqué, peut-être à vie. Pourquoi, je ne sais pas ; mais il m’arrive assez souvent de penser que la vie, je veux dire la vraie vie, c’est ça : vivre à demi nu dans la forêt équatoriale, vivre de la chasse et de la pêche, vivre dans la certitude qu’on peut être invisible, croire au pouvoir des esprits et à la magie, se baigner totalement nu dans des rivières merveilleuses et sauvages et aller chercher des émeraudes en ignorant que ce sont des pierres précieuses. Cristi : pour parler comme K , qu’est-ce que ça me fait kiffer !
L’an dernier, j’ai failli partir en Amazonie, ou du moins en Guyane. J’étais en contact avec un type qui se proposait de me pistonner. Mais bon, la Guyane dont il me parlait était nettement moins glamour que le film de Boorman. Et j’ai eu peur. Alors je me suis contenté de déménager à trois cents kilomètres de chez moi.
Au demeurant, tous mes amis ont un petit sourire moqueur ou contrit lorsque je leur dis qu’un jour, je partirai en Amazonie : eux savent bien que je ne supporte pas les climats extrêmes et que j’ai une peur bleue des serpents, des crocodiles et autres saloperies. Et puis ils savent, sans doute, que dans ma case, en pleine forêt amazonienne, j’aurais bien du mal à stocker les cent ou deux cents livres sans lesquels je peux pas vivre.
Oui, tout noir que je sois (oui, désolé, Ernest) je suis banalement et tristement européen dans l’âme. Et je préfère la paëlla à la p)atte d’araignée ou à la cervelle de singe (oui, Népo : désolé : pour quelqu’un qui veut aller vivre en Amazonie c’est un peu ballot, je le sais.
Alors l’Amazonie, en fait, je n’y vivrai sans doute jamais. Peut-être même que je n’y irai jamais en vacances.
Alors… quoi ?
Eh bien, peut-être la pêche. Ah, oui, tout plaquer, se casser, sans rien dire à personne, aller, je ne sais pas, moi, dans la forêt argonnaise, au bord d’un étang, par exemple, se construire là-bas une petite cabane et puis s’y installer et passer ses heures à ne rien faire, juste à regarder l’eau ne pas couler et à pêcher, de temps en temps. Tiens, des truites, par exemple. Car j’adore la truite aux amandes. Bon, bien sûr, il faudrait imaginer qu’il y a des amandiers, dans la forêt argonnaise. Bien sûr aussi, il faudrait que j’achète une canne à pêche et que j’apprenne à m’en servir… Ce n’est qu’un détail.
Cristi, qu’est-ce que ça serait bien de pouvoir passer ses journées à ne voir personnes, et à ne parler à personne ! De se réjouir, simplement, du passage du héron, ou de la suavité de la pomme de terre cuite dans la braise, au bord de l’eau.
Il paraît qu’il y a des gens qui souffrent de la solitude ; moi, aujourd’hui tout particulièrement, cette solitude, je la revendique, je l’appelle, je l’implore : laissez-moi devenir un pêcheur argonnais !
ET m'apprend que Sarkozy, notre ineffable président, veut "rendre aux Français la fierté d'être Français". D'où cette phrase de lui, que je citais hier.
Quant à cette fierté d'être Français, j'en ai déjà parlé: je ne suis pas fier d'être Français, comme je ne suis pas fier d'être noir, un ancien Meusien ou un homme qui aime les hommes
Mais là où il a du travail, notre désopilant Nicolas, c'est pour me rendre fier qu'il soit mon président. Et ce n'est pas en allant diner, tel le dernier dealer de cité, (presque) sous les projecteurs, dans un restaurant pour parvenus, en allant dire des insanités aux Sénégalais, qui ne lui ont rien demandé, en s'exhibant, torse nu et short court*, sur le pont du yatch d'un milliardaire ou en passant ses vacances d'été dans une villa dont le montant de la location pour quinze jours suffirait à sauver tous les enfants du Darfour - qu'il me rendra fier, de l'avoir pour président de la République ou même d'être Français, notre bon Nicolas Ier.
PS Pour des raisons X ou Y, je n'ai jamais connu le chômage. Mais une chose me travaille, si je puis dire. On nous serine à l'envi qu'il faut travailler plus pour gagner plus. Soit. Mais le mec qui est au chômage, qui n'arrive pas (re)trouver du travail et qui ne gagne rien, ou presque, il fait quoi? Et il est encore considéré comme Français, ou bien?...
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* Cristi! je sais que Chirac montrait ses couilles en public, mais je n'ai jamais vu Mitterrand ou de Gaulle torse nu, et je ne veux rien savoir des bourrelets graisseux de mon Président de la République, bon sang. Monsieur cachez ce sein que je ne saurais voir un peu de pudeur: rhabillez-vous, tudieu! Népo lui-même ne se branle pas en public!
Où Griffin réalise qu’il ne vit pas vraiment dans la vraie vie
H, H alias I, me montre les photos qu’il a prises au Maroc, pendant ses vacances et, sur celles-ci, je découvre un gamin de dix-huit ou vingt ans, plutôt mignon, avouons-le.
- C’est qui, ce gosse ?
- Lui ? ben, c’est le frère de ma femme.
- Ah, ok… Et il a envie de venir poursuivre ses études en France?
- T’es fou, ou quoi ?
- Ben quoi ?
- Ben, atterris : pour venir en France, maintenant, il faut un visa, et ça coûte vachement cher. En plus, il faut que tu prouves que tu connais un Français, qu’il vit au minimum dans un F3 et qu’il gagne au moins 2000 euros par mois.
- Ca alors !
- Ben oui, faudrait peut-être te tenir au courant. Moi, quand j’ai fait venir ma femme en France, ça m’a coûté environ 4000 euros, avec toutes les démarches officielles.
- Ca alors !
- Oui, et puis maintenant, il y a le test ADN. Tu en as bien entendu parler...
- Oui, mais bon, c’est quoi le problème ? Le gamin est bien le frère de ta femme, donc, pas de souci, test ADN ou pas !
- Sauf que ce test ADN, c’est au candidat à l’immigration de le payer, et il coûte plusieurs centaines d’euros. Comment veux-tu qu’un Marocain, étudiant ou pas, paye une telle somme?
- Certes … ça craint!
Si j'en crois ce que dit Népo dans tel de ses posts, Notreprésident, le bon Sarkozy, donnerait à ET "honte d'être Français".
A vrai dire, la formule m'étonne un peu. Déjà, parce que, Sarkozy ou pas Sarkozy, je n'ai, moi, pas honte d'être Français.
Pourquoi? Tout simplement, parce que je ne suis pas non plus fier d'être Français. Je suis Français, point barre; c'est comme ça, je n'ai rien fait pour, et j'aurais pu avoir au moins deux autres nationalités.
Par ailleurs, je le confesse, toute honte bue, il ne m'arrive jamais de me réveiller au petit matin en me disant: "Chouette, je suis Français, qu'est-ce que je suis un mec bien, quand même!" Non, je suis plutôt content d'être Français, et il m'arrive - parfois, voire assez souvent - d'être satisfait de telle initiative ou de telle politique de la France, mais pour le reste, je ne suis ni fier ni honteux d'être Français. Pas plus que je ne dis "on a gagné" ou "on a perdu" quand l'équipe de France de rugby ou de football va s'ébattre sur la pelouse du stade de France.
Ainsi, je n'ai pas honte d'être Français quand Notreprésident, le désopilant Sarkozy, tient, n'en déplaise à Ernest, ce discours ridicule et scandaleux à la fois à Dakar. J'ai de la peine pour lui, tout simplement. Pour lui, et pour mon pays, qui l'a élu président, je crois, à 52 ou 53% des suffrages exprimés.
De même, lorsque je regarde, dernièrement, son allocution télévisée. Je me demande comment il se peut, diable, qu'un type dise de telles bêtises, de telles outrances, fasse preuve d'une telle démagogie et affiche une telle inculture (y compris en ce qui concerne la maîtrise de la langue française), doublées d'un tel mépris de la culture, en toute légèreté, en toute indifférence, en toute impunité. Je pense que ce n'est pas se montrer partisan que de dire que Sarkozy, à la télé, parle comme n'importe quel beauf au comptoir du café du commerce. Simplement, le beauf du café du commerce, lui, a au moins l'excuse de s'être envoyé son premier verre de rouge à neuf heures du matin. Sarkozy, lui, me dit-on, ne boit que de l'eau: avouez que c'est quand même assez effrayant!
Les formules de Sarkozy, sa rhétorique, ses effets de manche, feraient rire, je pense, un gamin hypokhâgneux ou de DEUG 1. Et pourtant, elles marchent!
Je suis écoeuré du traitement que Sarkozy inflige actuellement à l'Education nationale et à la Fonction publique en générale. Je suis écoeuré par sa rhétorique à deux balles (ah, supprimer un fonctionnaire sur deux, voilà le progrès social!). Ecoeuré, encore, par ses goûts de nouveau riche: on dirait un banal gay parisien qui va faire les soldes chez Dior ou chez Chanel.
Je suis écoeuré du fait qu'un mec aussi populiste et aussi "bas de plafond" (pour reprendre une expression d'ET) ait pu être élu président de la république. Je suis écoeuré du fait que des journalistes, que l'on me présente comme prestigieux, et qui ont dû faire Sciences-po, l'ENA ou je ne sais quoi, le laissent ainsi babiller. En un mot, je suis furieux qu'un type aussi médiocre puisse être le président de mon pays.
Pour autant, ce n'est pas ce roquet démagogue qui me rendra honteux, ou fier, d'être Français. Peut-être un peu plus malheureux ou un peu plus angoissé qu'autrefois, tout simplement. Ou furieux...
Je n'ai pas honte d'être Français. Tout simplement, déconcerté et incrédule, je me demande comment le peuple français, qui a quand même une histoire, et une conscience politique, a pu élire un type aussi médiocre.
Bon, ajoutons ceci.Les deux ou trois lecteurs qui me sont fidèles auront sans doute observé que, pendant toute la campagne présidentielle, je me suis abstenu de toute considération politique. Je n'ai rien dit, que dalle. La raison en est double. D'une part, j'ai bien conscience que je ne sais rien, et que mes considérations politiques n'ont absolument aucun intérêt. D'autre part, parce que moi qui, gamin, insultais et rouais de coups l'Arnaud L., sous prétexte que ma mère votait Mitterrand et son père Giscard, je ne crois plus, désormais, en cette gauche socialiste qui a désigné Jospin puis Royal candidats à l'élection présidentielle. Inutile, ici, de faire de longs discours embarrassés: il y a une chanson des Fatals Picards qui exprime très bien ce que j'aurais peine à dire.
Mais justement: c'est quoi, ce monde qui nous offre pour toute perspective l'alternative Sarkozy-Royal?
Je n'ai pas honte d'être Français, non, et d'ailleurs je crois que je me fous un peu d'avoir honte ou pas d'être Français: là n'est vraiment pas le problème. Je suis et reste plutôt content d'être Français - mais j'ai peur, il est vrai... et je souffre, d'une société qui peut écouter Sarkozy bêtifier pendant une heure à la télé sans se précipiter dans la rue pour tout casser, je souffre, d'une société dont il me semble qu'elle assume le fait de n'avoir désormais plus aucun idéal.
Et le pire, c'est que je ne peux même pas dire: "Vivement 2012!"
Insecticide ou Hommage à la rubrique "On s'en paluche", du Nico-blog
Je reçois aujourd’hui, d’un mien correspondant, cette citation:
«L'Église de scientologie est la moins phobique de toutes. L'homophobie ne fait pas partie de notre philosophie. Tout le monde est accepté dans notre Église.»(Têtu, septembre 2007)
A vrai dire, je connais assez peu l’Eglise de scientologie, mais je sais que c’est une secte, et je n’aime pas les sectes. Et qu'on ne me bassine avec la soi-disant difficulté de définir une secte: il y a des commissions, et des rapports, pour ça.
Les sectes, quand j’étais petit, c’était les Enfants de Dieu qui avaient le crâne tondu, qui étaient vêtus d’oripeaux de couleur orange et qui dansaient, au son des tambourins, sur le parking du Cora Verdun, dans le but inavoué d’attirer et d’enlever les petits enfants pour les obliger à vendre des calendriers à l’autre bout de la France.
Un jour, un de ces Enfants de Dieu à même réussi à vendre un de ses calendriers à ma grand-mère, en lui faisant croire que c’était un calendrier du Pape. Vous me direz que ma grand-mère était bien naïve, et il est vrai. A sa décharge, il me semble que ce calendrier était trafiqué : les premières pages devaient effectivement montrer ce brave J-P II et ses diverses bondieuseries et puis, au fil des pages, on arrivait au vrai sujet. Notons qu’après tout, le Pape, lui aussi, il porte des oripeaux ou des robes bizarres. Mais en tout cas, je ne l’ai jamais vu danser sur le parking du Cora Verdun en tapant sur un tambourin.
Les Enfants de Dieu… Non mais, depuis quand il a un sexe et une paire de couilles, Dieu ???
Il y a les Raëliens, aussi. Ah, les Raëliens… Un jour, place Thiers, en plein Nancy, j’ai vu un troupeau de ces gens, et notamment un jeune mulâtre de seize ou dix-sept ans, beau comme un dieu et emballé dans du papier d’aluminium, danser en se déhanchant, dans un sourire extatique, puis venir m’expliquer que les extraterrestres étaient mes amis, ce, pour financer les loisirs dispendieux d’un ancien coureur automobile journaliste sportif raté. Le mignonnet ne pouvait pas savoir que l’idée d’une vie extraterrestre me terrifie, et que je déteste la course automobile.
Mais revenons à nos moutons ou, pour mieux dire, à nos scientologues.
Quant à la citation que m’envoie mon aimable correspondant, et qui est susmentionnée :
1) Je demande à voir.
2) Après tout, c’est peut-être vrai, tant il me semble que seuls l’argent et le pouvoir qu’ils peuvent obtenir de leurs membres intéressent ces gens-là.
3) Même si non homophobe, même si éventuellement, homophile, l’Eglise de scientologie me semble au moins aussi dangereuse que la réactionnaire et homophobe, elle, Eglise catholique, apostolique et romaine. Je crois ainsi me rappeler un procès intenté à l'Eglise de scientologie, à Lyon, voilà quelques années, et une bien sale histoire, avec pression, chantage et suicide(s) à la clé...
4) Contrairement à une légende bien établie, Malraux n’a jamais dit : « Le vingt-et-unième siècle sera spirituel ou ne sera pas ». Plus sérieusement, on est grand, tout, maintenant ; alors il est peut-être temps d’arrêter de croire à Peter Pan et aux contes de fées.
5) Ne lisant toujours pas Têtu, je ne sais pas si cette citation est référencée, et contextualisée ou non.. J’espère vraiment que oui. En attendant, ça ne me donne toujours pas, et vraiment pas, envie de lire ce magazine !
L’Eglise de scientologie, j’ai l’impression que c’est encore pire. Je ne sais pas s’ils jouent du tambourin et s’ils enlèvent les enfants : à mon avis, ils sont suffisamment bien organisés et bien assez puissants pour pouvoir s’en passer.
PS Dans un post récent, Sorty disait son intention de sucer Tom Cruise devant les caméras de Laurent Ruquier. Sorty doit lire Têtu. ^^
J'aime, comme j'aime, quand en pleine réunion, H, H alias I, se tourne vers moi et me dit, dans le bel éclat blanc de son sourire brun et de ses yeux noisette pétillants:
- Ca, c'est, euh, comment, déjà: ah oui, une tautologie, non?
Pour cela, rien que pour cela, je me ferais teindre en blond, je ferais le tour du monde... je serais même prêt, ou presque, à acheter le dernier Nothomb et à le lire pour en parler avec lui après.
Nadal merci, H, H alias I, ignore je pense jusqu'à l'existence d'Amélie Nothomb et de son oeuvre.
Bon, ok, ok, je suis sans doute un vieux ringard. Vieux ringard, ou ringard tout court, d'ailleurs (non, Népo: aucun rapport avec ma virilité) car je crois au fond avoir toujours été ringard: à treize ou quatorze ans, tandis que mes semblables se déhanchaient en boum sur Nena, ou du moins sur sa chanson, moi, j'écoutais en boucle Charles Trenet et Bourvil, en nageant, à une époque où le mot "baggy" était inconnu, dans les pantalons de mon grand-père qui devait faire un bon 58. Bon et puis sinon, et depuis, j'ignore tout de Madonna, je me fous de l'anorexie de la fille de Lionel Richie, j'achète la plupart de mes vêtements à Cora (ou parfois à Leclerc) et ne porte aucun dessous australien, j'ai un rapport conflictuel au vidéoprojecteur et au lecteur de DVD, la série "La planète des singes" continue à me faire peur et les frères Bogdanov aussi.
Il n'empêche: j'ai, depuis 1998, et sur le conseil de ma collègue Coralie, qui m'avait dit que c'était drôlement utile, un ordinateur - personnel, et relié à Internet... et même par haut débit, depuis 2002 ou 2003. Je sais, par ailleurs, utiliser la photocopieuse de mon lieu de travail pour envoyer un fax d'injures à ces salopiauds d'Alapage.com qui, après trois semaines, ne m'ont toujours pas envoyé le DVD sur Proust qu'ils me promettaient en une semaine. Je sais aussi, désormais, gérer mes comptes bancaires en lignes (ah, que j'aime l'illusion des pluriels, parfois) et faire ainsi le boulot de mon banquier, à sa place, mais sans rabais...
Bref, tout ça pour dire que j'ai fait des progrès, depuis mes quatorze ans.
Malgré tout J'aimerais quand même bien qu'un internaute éclairé ou un esprit supérieur prenne une minute pour m'expliquer comment le ch'tit Rafa, d'un avion, au-dessus de l'océan, entre nulle part et on ne sait pas où, à je ne sais combien de mètres au-dessus de la surface de la terre, peut écrire et poster un article sur son blog.
Il est magicien, le ch'tit Rafa, ou bien... c'est la technologie moderne qui est devenue magique?...
Voilà quelques semaines, on s’en souvient, un gamin de dix-neuf ans a été condamné à de la prison ferme pour avoir tenu des propos certes bien peu amènes envers la police nationale ...et la personne de Notreprésident.
Toujours soucieux d'être efficace, et de traiter le mal à la racine, le régime sarkozyste a désormais décidé de s’attaquer aux maux mots, et de contrôler le langage, en tout cas le dictionnaire.
Ca part sans doute d’un bon sentiment. Car en effet, quel bon chrétien n’a jamais eu envie de baffer, d’exploser contre le mur ou de piétiner le pubère boutonneux qui, postillonnant dans son appareil dentaire, lui affirmait en zozotant : « Mais si, M’zieur, z’peux le dire pisque z’est dans le diczionnaire »?
Eh ben MAM, notre premier flic de France, elle a trouvé la solution : on va retirer les mots du dictionnaire ! Comme ça, on ne les dira plus. Et puis du coup, on ne pensera plus, non plus. Eh, c’est qu’elle est fine mouche, hein, la MAM : elle a dû lire Orwell, il y a belle lurette!
Je n’invente rien, hélas. L’affaire est relatée ici.
Le plus sinistre, c’est que, sans la vigilance d’une mienne collègue, qui m’a transmis l’info, je n’aurais rien su. On censure mon dictionnaire, mon dictionnaire à moi, mon dictionnaire que j’aime et qui m'aime et me comprend, et m’aide à penser depuis des années – et on ne me dit rien !
Mon pauvre ch’tit Robert…
L’honnêteté m’oblige à préciser que ce n’est apparemment pas la première fois que l’on s’en prend à notre dictionnaire. Citons cette seconde source, que m’indique un autre collègue également vigilant (c’est fou ce que j’ai comme collègues vigilants, moi) :
« Pressions et réactions se multiplient désormais lors de la parution des nouvelles éditions du Robert. Le Cran (Conseil représentatif des associations noires), qui avait vivement critiqué l'an passé la définition de "coloniser" et "colonisation", a obtenu que le petit Robert rajoute cette année une définition d'Aimé Césaire, "colonisation=chosification". »
Et la démarche du Cran me semble également contestable : ben de quoi se mêle-t-il, pour le coup ?
Mais pour en revenir à l’émotion de notre police, et à l’initiative de sa ministre, faisons remarquer à notre lecteur peut-être un peu distrait (les gardiens de la paix sont si divertissants)
que ce n’est pas le mot « rebeu » ni sa définition, qui sont ici contestés (et là, on pourrait en revenir à la démarche du CRAN) mais l’exemple qui l’illustre.
Or cet exemple, quel est-il ? Une phrase, prononcée par Fabio Montale, le héros d’une œuvre de fiction bien connue, et en l’occurrence un roman. Un roman plutôt de qualité, d’ailleurs, et étudié à l’école… jusqu’à maintenant !
Passons sur le fait que notre police, et sa ministre, ignorent totalement une notion que des gamins de sixième ou de cinquième maîtrisent avec aisance : celle de discours rapporté. Et au lieu de demander aux gosses de se lever quand le prof entre dans la salle, eux feraient bien, sans doute, d’aller s’asseoir une heure ou deux au dernier rang d’une classe de collège. Ils sont gentils tout plein, les collégiens : je suis sûr qu’ils accepteraient de leur prêter leurs classeurs et de leur expliquer les exercices, à MAM et à ses bleus.
Soyons sérieux La police française se mêle donc désormais du droit que l’on a de citer telle ou telle œuvre de fiction. Et de lire telle ou telle, bientôt ?
Un auteur de fiction, j’insiste bien, de fiction, devra-t-il bientôt, pour écrire telle phrase ou tel mot, soumettre à l’approbation de la police française ?
Et si les héros de romans sont fliqués, qu’en est-il désormais de nous, simples citoyens ?
Voilà quelque temps déjà, Apax m’avait désigné pour poursuivre la chaîne de ce petit jeu de l’autoportrait en sept points. Et j’avais accepté, parce que j’aime bien le blog d’Apax. J’aime beaucoup son pseudo, aussi.
Cependant, avant de raconter mon vrai moi en sept points, je m’étais amusé à inventer, je l’avoue avec outrance, l’autoportrait en sept points de Jjw, de Népo et de ET.
Pourquoi ? Peut-être parce que je lis leur blog depuis longtemps et que je voulais, en les brocardant gentiment, leur signifier que je les suivais avec suffisamment d’attention pour avoir, sinon compris quoi que ce soit de leur personnalité, du moins retenu certaines des choses qu’ils avaient écrites à un moment ou à un autre. Qui se rappelle, à part moi, qu’il y a un an ou deux, Népo, qui prenait alors des bains, a inondé des voisins du dessous ?Qui se souvient, sauf moi, qu’ET a été gentil (quelquefois) ? Et qui sait que Jérôme… mais, ici, je m'arrête.
Malheureusement, ce Je(u) de l’autre, de mes trois textes en sept points, a un peu déconcerté Apax , qui me demande "où est Griffin, là-dedans". Et qui me dit se méfier et de l’ironie et du second degré. Il a raison.
Où est Griffin, là-dedans ? Ici, là et ailleurs, sans doute – un peu partout dans son blog. Dans la photo du ch’tit Rafa comme dans telles chansons de son portrait ou dans ses posts effacés. Dans les commentaires qui lui sont laissés, aussi. Car c’est au fond tout ce qui l’intéresse.
Où est Griffin ? Je ne suis nulle part, parce que je ne suis rien, sans doute parce que je ne suis personne, depuis l’origine et que c’est, je crois, ce qui est aujourd'hui en train de me rattraper.
Cette méfiance de l’ironie, ou du second degré comme art poétique, je la partage. D’ailleurs ici, un jour… Mais tiens : ceci ne pourrait-il pas être le premier des sept points de mon vrai moi ?
Avant de commencer, est-il vraiment besoin de rappeler la règle ? J’en ai un peu marre, moi, de rappeler les règles. Alors, au besoin, reportez-vous donc à ce post d’Apax.
1) Je ne sais pas si j’ai ou non le sens de l’humour. Ce que je sais, c’est que j’ai un peu de mal avec les gens qui ne fonctionnent que sur ce mode de l’humour. Il y a ici une personne qui se dit elle-même « jeune et bête » et avec qui j’ai bien du mal à entretenir une conversation suivie : rapidement, ça tourne court. Peut-être parce que je n’ai pas d’humour, justement : très vite, je me demande quoi dire, que répondre, comment relancer « le délire ». Et puis parce que, je crois, au bout d’un moment, l’humour me fatigue. Comme vous, Apax, j’ai envie de voir, voire de savoir, je n’ai pas dit de découvrir, ce qui ou qui se cache derrière cet humour. « L’humour est la politesse du désespoir » disait, entre autres, Desproges : soit… Je préfère voir le désespoir sans politesse.
Voilà quelques mois, ici, je me suis énervé, de façon tout à fait injuste et pour tout dire nulle, notamment parce qu’anonyme, contre un type que j’aime plutôt bien ou du moins que je respecte. Je n’en suis pas fier. D’ailleurs, c’est une des raisons qui m’ont fait effacer mon blog et envisager de quitter GA, pendant un moment, tant j’avais honte de ma médiocrité, de ma bassesse. Passons, point de repentance, nous dirait Notreprésident, qui n’est pas le dernier des déconneurs. Après coup, je me suis demandé ce qui m’avait tellement énervé, chez ce mec que j’avais agressé, et j’ai réalisé que c’était, précisément, son sens de l'humour ; cette façon qu’il avait de pratiquer toujours, toujours, le second degré ou la plaisanterie mode, et de tout tourner en dérision, y compris lui-même. Je me trompe peut-être mais j’ai l’impression que c’est très américain, cette manière de faire, ou d'être : Humphrey Bogart ou Robert Mitchum, même cernés par dix ennemis à la mine patibulaire, ou un canon de revolver sur la tempe, trouvent encore le trait d’esprit, le bon mot, la bonne vanne qui montrent qu’ils sont tellement supérieurs aux autres, tellement dégagés de tout, y compris de la peur de la mort. Eh bien moi, disons-le tout net, j’ai peur de la mort, j’ai peur du temps qui passe, j’ai peur de ces discours qui disent que ça ne sert à rien d’avoir peur parce que c’est comme ça et que l’on n’y peut rien – et je suis encore plus mal quand j’ai l’impression d’être le seul à souffrir ou à m’angoisser dans mon coin.
Bref, je pense n’être pas un grand vanneur. Et à ceux qui plaisantent en permanence, je préfère, je crois, ceux qui autour d’une table, devant un verre de vin rouge ou une verveine menthe, peuvent me chanter telle chanson de Reggiani.
Ah, oui, pour en revenir à ce garçon que j’avais si bêtement attaqué, disons que, sans doute, ce soir-là, il n’y avait pas que de l’orgeat dans mon diabolo.
2) J’aime apprendre. C’est pour cela, je crois, que j’aime des blogs comme ceux d’Apax ou d’Herminien. Je n’ai aucune honte à dire que je ne sais pas ou ne connais pas quelque chose, et je ne me détourne pas de cette chose pour autant. C’est un peu un regret que j’ai, d’ailleurs, sur le Net ou du moins sur GA : cette impression que les gens ne s’intéressent qu’à ce qu’ils connaissent. Qu'à ce qu'ils maîtrisent.
Sur mon blog, j’ai la chance, aussi, d’avoir souvent des commentaires chouettes qui m’apprennent des trucs ou qui me font réfléchir. Et ça me plaît terriblement.
J’aime bien, aussi, assister à des conférences et je rêve de ces parcs anglais où, dit-on, des inconnus montent sur une table ou sur une chaise pour improviser des discours.
3) Un jour, ici, quelqu’un m’a dit que tous ses amis étaient homos (quand on est branché, on dit gays), et ça m’a terrifié. Pour rien au monde, je ne voudrais que tous mes potes soient homos. Je me suis demandé, aussi, si ce garçon faisait passer un examen à ses candidats d’amitié : « Tu es homo ? C’est bon, tu as le droit de devenir mon ami. » J’ai ressenti la même chose, cette année, avec cette lamentable histoire de cette Madame Hervé, qui avait pourtant tellement enthousiasmé Nezorizoro.
Je n’ai jamais vraiment fréquenté le « milieu » (c’est marrant ce terme, ça fait un peu mafieux) et en tout cas jamais le milieu parisien : j’ai honte aujourd'hui de l’avouer, mais c’est lié, à la base, à un écrivain homo parisien, vu un jour à "Apostrophes", et qui, avec un cynisme qui lui était apparemment coutumier, avait raconté avoir contaminé une personne, dans un bar, en laissant couler une goutte de sang dans son verre pendant qu’elle était aux toilettes. Cette anecdote m’avait terrifié et m’avait fait penser, pendant des années, que franchir seulement le seuil de tout établissement homo à Paris, c’était la mort assurée. Toutes ces années, je fuyais, aussi, les Parisiens, comme la peste.
Là où j’ai vécu, disons globalement dans l’est de la France, le « milieu » gay était fort peu développé. Et, moi qui, par ma timidité, ma gaucherie maladive et mon inaptitude chronique à draguer, me suis beaucoup ruiné en minitel et en en audiotel ai souvent rencontré grâce au minitel ou à l’audiotel des garçons qui, eux, badaudaient plus ou moins dans les deux ou trois cafés qui constituaient ce « milieu », j’ai eu surtout l’impression qu’il y régnait paraître, jalousie et mauvais esprit. Et puis je n'aime ni Madonna ni Mylène Farmer!
Sur GA, c’est mal, très mal, apparemment, de dire que l’on n’a pas un esprit communautariste. Que les Ernest, grands humoristes devant l'éternel, et les autres, se rassurent, ou se consolent : je me sens aussi peu à ma place dans une boîte africaine, ou antillaise, que dans un bar gay. Et j’ai, au fond, assez peu d’amis noirs.
4) Les livres occupent une place très importante dans ma vie comme dans mon appartement. Quand je dis livres, bien plutôt devrais-je dire « textes », car je ne suis pas du tout fétichiste de l’objet livre. J’achète très peu d’éditions de luxe, ou même d’éditions originales. Je possède, certes, quelques dictionnaires du XVIIIème et du XIXème siècle, qui me viennent de mes arrière-grands-parents, par exemple, et j’en suis fort aise, ainsi que cinq ou six autres livres de la même époque, mais ça s’arrête là. Le texte, le texte seul.
Parmi ceux-ci, entendons les textes, il y en a qui m’ont tellement impressionné que j’ai attendu des années avant de les lire. Peur de n’être pas à la hauteur. Parmi ceux-ci, ce n’est pas original, Don Quichotte, Ulysse, La Divine Comédie, Le Voyage au bout de la nuit, Rabelais, Le Journal de Kafka…Je les ai lus, tous, très tard.
Je ne suis pas de ceux qui, peut-être pour faire genre, ne lisent que des auteurs étrangers au nom imprononçable et si possible d’Europe de l’Est. Personnellement, je le dis toute honte bue, je trouve certains Zola ou Balzac absolument époustouflants. En revanche, comme beaucoup, je suis un peu revenu du Nouveau Roman – sauf Sarraute, bien sûr.
5) Un jour, au fond d’une salle, il y avait une fille qui avait tant de cheveux et une bouche si sensuelle que j’ai immédiatement pensé à Tatiana Karl, « nue sous ses cheveux noirs ». A ce poème de Baudelaire, aussi, mais surtout à Tatiana Karl. Au loin, tout au loin, il y avait une prof qui dissertait sur le style incroyable et extraordinaire de Robert Challe et moi, je ne soupçonnais même pas que ce Robert Challe eût pu un jour exister. D’une moue qui m’a immédiatement fait penser à une pomme verte, elle m’a signifié qu’elle non plus, ce Robert Challe, elle n’en avait jamais entendu parler, et que les Illustres françaises, elle s’en tamponnait un peu le coquillard. Assez vite, nous avons quitté la salle pour aller boire un thé au café du coin. Elle était belle, si belle, avec ses joues rondes, ses jolis seins et ses petites robes toutes simples qui faisaient d’elle un personnage hors du temps - ma Gréco à moi! J’ai toujours pensé qu’elle était l’expression même de la sensualité. Le signifiant « sensualité ». Je le pense toujours. Toute ma vie, je le penserai. Qu'elle était l'incarnation de la sexualité. Tellement plus que Bardot, avec ses cheveux noirs. Elle avait lu tout Colette, que je prenais alors, moi, pour un auteur mineur, et dans sa cuisine, il y avait un buffet avec plein d’épices différents et au moins sept ou huit sortes de thé. C’était ce genre de filles qui, dès qu’elle vous regarde, vous donne l’impression qu’elle vous prend dans ses bras et que vous reposez votre tête sur son gros sein gorgé de lait. Bon sang : qu’est-ce que j’aimais sa bouche. Elle avait vu Ferré dans sa loge six ou sept fois et elle avait son intégrale, en CD. C’était ce genre de filles qui va au jardin pour faire un bouquet ou qui, à minuit, autour de la table en bois de son salon qui est en fait la salle à manger, vous dit : « On se refait un thé ? » Elle était cette fille dont les draps blancs et brodés sentaient bon le propre. Elle était cette fille avec qui, soudain, il est super d’aller se promener en forêt, le dimanche.
Et puis, la même année, il y a eu Nicolas, Nicolas avec ses yeux bleus, immenses…
6) Je déteste les rideaux, et les volets clos. Ca me vient de l’enfance, je crois: je n’en sais pas plus. Ma grand-mère fermait les volet vers dix-huit ou dix-neuf heures: il ne fallait pas être vu, surtout pas être vu. C’est peut-être pour cela, aussi, que l’ambiance des boîtes ou des bars de nuit, tout ça, aujourd'hui, m'oppresse et m’angoisse un peu.
7) En réfléchissant un tout petit peu, je réalise que les films qui m’ont le plus marqué sont sans doute ceux dans lesquels le héros manifeste une impossibilité animale d’être aimé.
8) Je n’ai jamais eu affaire à la justice, et rarement à la police, mais j’ai été vraiment très secoué, voilà deux ans, par cette histoire qui est arrivée à Sélim. Au-delà de sa souffrance à lui, je crois que j’ai réalisé, moi, que je ne savais rien, que je n’étais pas dans la vie, et que les belles certitudes que je balançais avec assurance et autorité aux uns et aux autres, comme l’idée d’égalité, par exemple, ou celle de justice, ou encore celle d’état de droit, n’étaient plus d’actualité. C’est une des raisons qui m’ont fait tout quitter, l’été dernier – je veux dire, déménager, me confronter à l’inconnu, souffrir du manque de ceux que j’aime. Non, cette année 2006-2007 n’a pas été facile. Pas du tout. L’autre raison de mon départ, ce fut la peur du virtuel. Avec K, notamment, j’ai réalisé que je m’étais créé une petite famille de substitution, pas tout à fait vraie. Mais moi je veux vivre, pas faire semblant, ni compenser, non, vivre. Alors j’ai tout quitté, je ne suis pas (encore) allé en Amazonie mais j'ai tout quitté, tout, tous, et… arrêtons là. Car ce texte, ce n’est qu’un jeu d’écriture, hein. Je ne parlerai pas de K – non. Peut-être que je me plante, peut-être que je me suis planté: peut-être que c'est ça, au fond, vivre. Je ne sais pas.
9) J’ai toujours aimé les mots. Sans vouloir faire de phrase, disons que depuis que je sais parler, ils m’ont aidé à vivre, ils m’ont fait devenir, ils m’ont protégé, ils m’ont porté. Et pourtant, je suis très admiratif des arts qui se situent en deçà du langage ou qui abolissent ses frontières. Je pense à la musique, à la peinture, à l’architecture, au mime, à la danse...
Un jour, j’ai fait du mime et j’ai été terrorisé. J’ai alors compris que, moi qui ai toujours une exigence de sincérité, lorsque je parle, je me cache malgré tout derrière les mots. Cet « orient pernicieux du langage », disait Duras. Un jour, je ferai du mime.
J’ai une admiration que l’on ne peut même pas soupçonner pour la danse classique. Je crois que je pourrais écrire des pages de bêtises à ce sujet. Un jour, sur GA, j’ai vu sans doute la plus belle photo du monde : c’était celle d’un petit garçon de dix ou douze ans, dont j’ai d’abord cru qu’il était noir ou métis, et qui en tout cas portait un justaucorps noir - et qui était au sol. Je ne sais plus au juste quelle était la position de son corps, mais cet enfant, on eût dit un oiseau qui, à terre, s’apprêtait à essayer de s’envoler tout en sachant déjà que cette quête de l’azur était vaine. Et puis cette photo a disparu de GA mais je m’en fiche : un jour je la décrirai, dussé-je la réinventer complètement.
Noureev est mort mais j’adorerais interviewer Patrick Dupont, par exemple – même si comme Duras face à Platini : je m’en fous. Juste comprendre ce que ressent le danseur au moment où il saute et où il sait déjà, inévitablement, qu'il va retomber à terre.
Mais je ne connais ni le mime ni la danse et, par pudeur ou par complexe, je n’ai jamais osé aller voir un spectacle de danse classique. Je ne suis jamais allé, non plus, à un concert classique. J’ai confusément l’impression qu’il me manque la grâce. Le droit d'entrer. Le droit d'entrée...
10) Je ne ressemble pas à ce garçon dont la photo illustre ce post, à l'initiale. Je n’ai jamais ressemblé à ça.
Je n’ai jamais vraiment ressemblé à ça non plus
ni à aucun de ces garçons qui se prennent en photo devant leur miroir, avec un appareil numérique. Bon, faut dire qu’à mon époque, l’appareil photo numérique, ça n’existait pas. Il eût fallu utiliser le Polaroïd et… croyez-moi, c’était nettement moins glamour.
Faut-il être honnête ? Allez, aujourd’hui, je m’accepte tel que je suis, et je n’ai, Nadal merci, nulle envie de redevenir un adolescent ; mais, je l’avoue, je ne me débarrasse pas totalement du regret de n’avoir jamais été, plus jeune, l’un ou l’autre de ces garçons qui se regardent dans la glace et qui sont amoureux de leur image.
Au début, sur GA, je postais plein d’images de rappeurs, alors qu’à part NTM et MC Solaar, le rap, moi, je ne connais pas, ou de bodybuilders, alors que je ne suis pas bien sûr que cela corresponde au genre de mecs que j’aimerais rencontrer. Alors pourquoi ? D’une part, sans doute, pour faire la nique à Nico, du Nico-blog, qui à l’époque passait ses journées dans sa baignoire et inondait le JDI de garçonnets blondins et étiques en pleurnichant qu’il ne serait jamais avocat (on voit le résultat,aujourd’hui). Mais la raison plus profonde, je crois, c’est la chanson de Jacky. Je suis ce type qui, durant les vingt ou vingt-cinq premières années de sa vie, n’a jamais été capable de vivre dans l’instant, l’instant présent. Ca s'appelle l'angoisse, je crois - qu'il ne faut pas confondre avec l'anxiété: l'angoisse, c'est une saloperie, une chienne qui vous saute dessus et qui vous mord en pleine couilles - passons. Ce genre de types qui, même s’il avait eu des biceps, eût été incapable de s’abîmer dans sa propre image pour oublier l’idée (la maladie ?) de la mort. Je suis très admiratif, sincèrement, et tant pis si je passe pour un con, d’un ch’tit Rafa qui lui jamais ne doute. Car moi… mais bon : il fallait faire sept points, non ? Alors restons-en là.
11) Comment ça, comment ça, j’ai fait dix points au lieu de sept? Ben oui, mais que voulez-vous, c’est comme ça, je n’ai jamais su compter. Au bac (un bac réservé aux vraiment pas bons en maths), j’ai eu six sur vingt, je crois : c’est dire. Et puis bon: je suis nul en jeux d'écriture, mi. Les règles, les contraintes, tout ça, ce n'est pas mon truc.
Bref, et pour finir, si ce jeu à toujours cours, reprenne la flamme qui veut : pour ma part, je m’en rends compte, je ne suis pas sûr de connaître sept blogueurs assez bien pour les enjoindre d’écrire à leur tour les sept points de leur vrai moi.
"Il n'y a pas à avouer qu'on en est, parce que ce n'est pas une faute. Il n'y a pas à proclamer qu'on en est parce qu'il n'y a pas là de quoi tirer une fierté. Il y a simplement à dire qu'on en est parce que c'est comme ça. Ni honte, ni prosélytisme... Dire l'homosexualité, c'est la déculpabiliser." Jean-Louis Bory (1919-1979)
"J'ai couru après le temps
Il portait un manteau de pluie
J'ai déchiré en l'approchant
Un bout de tissu et depuis
C'est à minuit que ça arrive
Quand vous passez au jour suivant
Moi je reste sur l'autre rive
Pour une minute encore vivant
Une minute pour se faire la belle
Avoir la lune sous mes semelles
Et les cheveux dans les étoiles..."
Renan Luce, "24h01" (extrait), 1960
Quand ils sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.
(Poème attrué à Martin Niemöller (1892-1984), pasteur protestant arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.)