Je lis : des ratures. Je cite : «On met tellement de temps à devenir adulte, c'est toujours trop tard, et la vie se venge en nous infligeant des peines qui ne s'effacent pas et des remords affreusement amers.» (Frédéric Mitterrand) (mis à jour dimanche 18 novembre 2007 à 08:58)
C'est bizarre, la vie: avant-hier fut une journée pourrie. Oh, rien d'exceptionnel, juste de petites choses, des petites peines difficilement compréhensibles par autrui ou des déceptions: cette impression d'avoir été médiocre sur un truc ou un autre, de n'avoir pas sur m'avancer dans mon travail, des choses comme ça... le summum étant sans doute cette nouvelle, en rentrant le soir, du décès de Fred Chichin - comme une autre annonce de ma propre finitude.
Le petit chat aussi est mort, ou plutôt va mourir, puisqu'on m'annonce qu'il souffre, lui aussi, d'un cancer incurable. Ce petit chat qui a cinq ans et qui jusqu'aujourd'hui me renvoie inévitablement au 29 janvier 2002.
Cancer: ce mot que l'on n'osait même pas prononcer, en 1978, lorsque l'on m'a obligé à embrasser sur les deux joues le visage impavide et raidie de ma grand-tante sur son lit de mort. Un jour, je dirai ma grand-tante et ma peur, toujours actuelle, de la mort - mais aussi les bonnes blagues d'Ernest qui prétend que je "focalise" (sic) quand il parle d'eau de javel.
Cancer: j'ai toujours été stupéfié que l'adjudant Chanal, qui n'habitait pas si loin que ça de chez ma grand-mère, soit mort d'un cancer - des reins, comme par hasard. Un jour, j'ai dit ça à mon ami Jean, et nous avons failli nous fâcher - à mort.
- Tu en es sûre.
- Oui. Il a refusé de faire les vaccins. Il m'a dit que ce n'était pas la peine.
- Mais si on essayait, quand même? Tu sais, je peux payer, je m'en fous. Zut, quoi, pourquoi on renoncerait, pourquoi la mort serait-elle inévitable?
- Tu sais, il m'a dit que, même si on l'opérait, ça reviendrait. Il paraît que c'est une saloperie, ce cancer. Il a plein de ramifications et, même quand tu crois l'avoir supprimé, il repart autre part.
- Alors quoi: il faut renoncer? Baisser sa culotte devant la mort? Il n'y a vraiment plus d'espoir? C'est que je l'aime, moi!
- J''ai appelé Vincent [mon petit cousin, qui est véto]. Il m'a dit que, même si on l'opérait pour prolonger sa vie, il risquait de connaître les pires souffrances. Tu sais, à la limite, c'est nous qui serions égoïste. Il faut laisser la vie se faire, jusqu'à la mort.
Avant-hier en apprenant la mort du Rita Mitsouko, j'ai repensé à mes sept ans et à cette incompréhension que j'avais eu alors que les journaux télévisés ne parlassent pas de la mort de ma grand-tante: ils parlaient pourtant de tant de choses que je ne comprenais pas ou qui ne me touchaient pas - par exemple, chaque jour, les bêtises giscardiennes.
J'ai repensé aussi à Monsieur J. Un jour, ici, je parlerai de Monsieur J., ce vieil instit' sec comme un coup de trique et raide comme la justice, qui continue à rouler dans V*** en vélo malgré ses quatre-vingt ans et son cancer de la prostate, et dont ma mère m'apprend qu'on ne l'opèrera pas, lui non plus:
- Qu'est-ce que tu veux: il a quatre-vingt. Qu'a-t-il à attendre de la vie?
Et je ne comprends pas.
Et c'est face à cette renonciation, à cette soumission à la mort, que je me retrouve, je crois, comme un gosse, ou plutôt comme un angoissé chronique. Jactel, Chichin, mon petit chat, tout cela participe pour moi d'une même angoisse que même le sourire velouté et la voix incertaine du ch'tit Romain ne peuvent pas réprimer. Cristi, combien ça coûte, pour opérer le J? Je m'en fous, je paye. J'ai besoin de savoir qu'il vit. J'ai besoin de savoir que la camarde, comme Federer, peut être battue par Rafael.
Il est deux heures ou trois heures ou quatre heures du matin, je ne sais pas, j'ai perdu ma montre achetée à dix balles à Lidl, et je me réveille en sursaut: cristi, c'est à cette époque, je crois, que j'étais allé pour la première fois en boîte, à V***, "Les Parents terribles", un dimanche soir de mes dix-huit ans où il n'y avait personne à part Manu, dite la Manu, et où le serveur avait passé la soirée à me saouler au rhum-coca en me répétant lourdement:
- Tu sais, mon fantasme absolu, ça serait de me faire défoncer le cul par un black.
A l'époque, je n'avais rien compris: je icrois que j'étais encore à une époque de ma vie où je me demandais si Candy finirait par retrouver le petit prince des collines (oui, oui, le blond qui se retrouvait sur un fauteuil-roulant pour une raison que j'ai oubliée) et où j'étais plus ou moins certain qu'un jour je décrocherais le prix Goncourt. Je parle bien sûr d'une époque qui se passait quatre ou cinq ans avant Nicolas.
Mais passons: là n'est pas le propos.
Qu'est-ce que je disais? Ah oui: avant-hier fut une journée pourrie et, aujourd'hui, au saut du lit, je me prends pour Trenet. A un mien correspond suisse, pervers zoophile et masochiste mais là n'est pas mon propos, je dirai que oui, oui, moi aussi, "dans le silence de la nuit", j'écoute... mais du Trenet. Et je sens qu'aujourd'hui sera une bonne journée, une journée très Trenet, justement! Putain, si l'on doit être euthanasié à cinq ans, autant profiter de la vie tant qu'il est encore temps.
Je hais les vétérinaires.
Passons.
Il n'empêche: j'aimerais bien, quand même l'on m'explique pourquoi, quand je tapote dans ma barre Google "Charles Trenet", je tombe sur la photo de ce garçonnet lippu et suggestif.
Certes, j'aime les garçons lippus et suggestifs... Trenet aussi, peut-être.
Allons Griffin, allons: à ces 7h15, tu devrais être déjà bien ailleurs, à faire des photocopies en buvant dans un couloir à peine éclairé un café infâme à 40 centimes d'euros.
M'en fous: aujourd'hui sera une bonne journée et ni Bashung ni Higelin ne mourront: c'est ainsi, je le veux! Vive Charles Trenet!
K. me manque. Voilà, c'est dit. Son sourire, son enthousiasme, sa futilité me manquent. Ita est.
Lee, de chez Lee, aussi. Mais, bien sûr, beaucoup moins que K.
J'ai voulu déménager parce que, pour avoir lu un peu Lacan, je crains plus que tout l'imaginaire. Les faux-semblants. Et puis ça m'a permis d'accéder à de nouvelles responsabilités. Mais c'était sans doute une erreur. Aujourd'hui, toute critique, si petite soit-elle, m'atteint, m'affecte, voire me remet assez totalement en question. Duras n'est définitivement pas mon amie: je crois que, pour vivre, j'ai besoin d'un K. (H, H alias I, n'étant bien sûr pas un K.) Je me suis trompé. Dès l'origine, ma vie ne ressemblait pas à celle des autres, et sans doute n'y ressemblera-t-elle jamais. Alors doute aussi me faut-il "gérer", comme disent les jeunes d'aujourd'hui. Accepter les faux-semblants, parce que certaines vies ne sont de toute façon qu'un faux-semblant, parce que les ruptures ne sont pas forcément synonymes de progrès, et puisque que, comme le disent tant de comique, la vie est quoi qu'on en fasse une histoire qui se termine mal.
Un jour, il y a très longtemps, J, à qui je reprochais de trop donner au petit Sabri, au risque de lui faire croire que la vie était facile, m'avait répondu: " Mais qui a dit que la vie devait être difficile?".
A l'époque, sa réponse m'avait déplu, et agacé.
Aujourd'hui, je me dis qu'après tout, il n'avait peut-être pas tort.
Cf. L'introduction de Cocteau à La Machine infernale.
H, alias I, ou pas H alias I, K me manque, terriblement - et comme disait Henry Miller, "tout le reste n'est que littérature".
(En me montrant une petite vidéo de lui, où il apparaît dans une salle de gymnastique, aux anneaux puis au cheval d'arçon et au sol, les bras nu, le short court, les muscles bandés et le torse moulé dans un de ces maillots que l'on porte pour ce genre d'exercices)
- Je suis sûr que tu vas encore parler de moi sur ton blog.
- Alors ça, c'est bien possible. Surtout quand je vois cette vidéo.
- Mais les gens qui te lisent, tu leur dis mon nom, tout ça?
- Attends, attends: les gens qui me lisent, déjà, ils ne sont pas légion. Tu ne risques franchement pas l'émeute. Et puis non, non, je ne donne ni ton nom ni quelque indice qui pourrait permettre de t'identifier.
- Donne-moi l'adresse de ton blog.
- Alors là, tu peux toujours te brosser!
- De toute façon, si je cherche un peu, je finirai pas tomber dessus.
- Ca m'étonnerait bien: si tu savais le soin que je prends à faire sauter tous les ponts! Mieux qu'un résistant de la seconde guerre mondiale.
- Comment tu parles de moi? Je suis sûr que tu me fais passer pour un crétin fini ou pour une petite pute sans cervelle.
- Tu sais, je suis tellement brouillon, emprunté et secret, quand j'écris, que je crois que personne à part moi ne s'est vraiment rendu compte que, depuis un moment, je parlais beaucoup de toi. Et puis bon, rassure-toi: en général, quand j'écris quelque chose d'un peu intime, je l'efface dès la première relecture.
- C'est vrai? Alors dis, en fait: tu préfères fouetter ou être fouetté?
Où, pour une fois, Griffin a bien failli se faire draguer sur Gayattitude
S'il y a bien une chose que je ne fais jamais, c'est de rendre publiques mes (rares) conversations privées. Mais puisque, pour une fois, je me fais draguer, via la messagerie, je biche et j'ai envie de frimer un peu. Bon, simplement, parce que je n'étais pas né, sous Vichy (non, non, Népo, je vous l'assure: je n'étais pas né, sous Vichy), je ne laisserai que l'initiale du pseudonyme de mon aimable correspondant
Historique de vos conversations avec P.
24/11/2007
P. 08:58 bonjour mon ange j'aimerais bien avoir un mec comme toi pour la vie un mec sérieur vraiment je suis très beau et mignon
griffin 09:26 Vraiment? Et comment sais-tu qui je suis?
26/11/2007
P. 23:32 c'est vrai je ne sais pas qui tè car ta photo fait peur
27/11/2007
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Note à benêt(s): Cristi! combien de fois faut-il le dire? Ce n'est pas ma photo qui est affichée sur mon profil. Car j'ai un métier, moi, plus ou moins public, qui sus est, et qui m'impose donc un minimum de discrétion. Et puis bon, si j'étais un modèle de Robert Mapplethorpe, crois-tu vraiment que je m'amuserais à vivre dans une région où il fait moins quinze en novembre et dont les autochtones vous hurlent dans les oreilles " Ja, nimm mir sofort wie eine Hündin auf das Schreibtisch" lorsque vous leur susurrer du Ronsard?!
Pour autant, il est vrai, ma photo fait peur - et c'est aussi pourquoi je ne l'affiche pas.
Je réalise soudain que cela faisait un mois tout pile que je n'avais plus rien écrit ici: mon dernier article remonte en effet au vingt-trois octobre dernier. Voilà qui est troublant, non?
En vérité, je vous le dis, un jour, on me retrouvera mort sur mon clavier, connecté à GA et un exemplaire d'Aurélia entre les dents.
Non, non: bien plutôt, et plus que jamais, se casser, tout casser, se casser et aller vivre nu (enfin, presque nu) au milieu des Indiens, n'importe où (enfin, n'importe où: en Amazonie ou en Indonésie, hein, pas sous la tour Eiffel ou dans quelque zoo humain). Ou alors, prendre la malle avec les peuples nomades d'Afrique subsaharienne, même si je ne suis pas sûr d'aimer le sang qu'on boit à même la gorge d'un bœuf débonnaire et affable.
En tout cas...
Fuir! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux!
J'ai, je le confesse, toujours eu un peu de mal avec la notion d'identité, ou même tout simplement avec le mot, mais là, on atteint des sommets: en me connectant à GA, à l'instant, voilà que je crois me voir dans le catalogue des photos d'inscrits connectés, qui est affiché en page d'accueil. Saperlotte: aurais-je commis une erreur de manipulation, et rendu involontairement publique une mienne photo d'identité. Ou bien quelqu'un, admirateur secret ou ennemi ignoré, m'aurait-il pris en photo à mon insu, et choisi de révéler mon image à la terre entière aux connectés de GA, et accessoirement de se faire passer pour moi, pour des raisons ignorées mais que l'on peut supposer les pires ?! Ou bien encore ...quelque habile hacker aurait-il trouvé mon code de connexion, et pénétré mon compte? M'aurait-on volé mon image, comme dans les romans du XIXème?! Plus raisonnablement, et pour rester rationnel, comme le répète chaque fois qu'il le peut un mien collègue, aurais-je sur GA un sosie, un double, un frère jumeau, que sais-je?... Ca alors, quelle nouvelle, un vendredi gris-pluie de novembre, entre le steak et la purée!
Je l'avoue, je n'ai pas un esprit très vif, et la connexion de mes neurones est encore bien loin de se faire à haut débit. Il m'a donc fallu une bonne trentaine de secondes pour réaliser que ben non, pas du tout, ce n'était pas moi, sur la photo. Ni même un mien double ou frère jumeau. Alors quoi: aurais-je fait une mini-crise de narcissisme? De mégalomanie? Moi qui suis un garçon si équilibré et si sain (la preuve: je tiens un blog) Et en allant consulter le profil de celui à qui elle appartenait, j'ai découvert qu'il avait dix ans de moins que moi. Comme quoi, gageons que je ne dois pas me voir exactement comme on me voit, et que, lorsque je m'envisage*, je dois sans doute oublier un peu mes cernes, mes yeux injectés de sang et ces rides naissantes qui font que, depuis un bon moment déjà, les adolescents boutonneux ou tektonikeurs m'appellent respectueusement "Monsieur".
Pauvre Griffin, incapable même de se reconnaître - pire encore, d'admettre que l'autre n'est pas lui. En vérité, je vous le dis, moi, le lampadaire et la corde de Nerval ne sont pas loin.
Non, non, je vous le dis, ma bonne dame, ce métier qui nous fait en permanence nous mettre en scène, nous présenter et nous représenter, être regardé même si l'on n'est que tiers et que l'on ne veut pas jouer le jeu du "je" - ce métier, disais-je, nous rendra tous tarés.
Et le pire, c'est que j'y retourne!
* Pourquoi cette impression désagréable, ici, que je plagie une chanson de Vanessa Paradis, dont les plus jeunes me diront qu'elle présente quand même l'intérêt de se taper Johnny Depp mais qui, pour moi, reste une petite roulure de quatorze ans pompant le désirable et désiré Axel Bauer le clip du à jamais désirable et désiré Axel Bauer.
"Il n'y a pas à avouer qu'on en est, parce que ce n'est pas une faute. Il n'y a pas à proclamer qu'on en est parce qu'il n'y a pas là de quoi tirer une fierté. Il y a simplement à dire qu'on en est parce que c'est comme ça. Ni honte, ni prosélytisme... Dire l'homosexualité, c'est la déculpabiliser." Jean-Louis Bory (1919-1979)
"J'ai couru après le temps
Il portait un manteau de pluie
J'ai déchiré en l'approchant
Un bout de tissu et depuis
C'est à minuit que ça arrive
Quand vous passez au jour suivant
Moi je reste sur l'autre rive
Pour une minute encore vivant
Une minute pour se faire la belle
Avoir la lune sous mes semelles
Et les cheveux dans les étoiles..."
Renan Luce, "24h01" (extrait), 1960
Quand ils sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.
(Poème attrué à Martin Niemöller (1892-1984), pasteur protestant arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.)