Je lis : des ratures. Je cite : «On met tellement de temps à devenir adulte, c'est toujours trop tard, et la vie se venge en nous infligeant des peines qui ne s'effacent pas et des remords affreusement amers.» (Frédéric Mitterrand) (mis à jour dimanche 18 novembre 2007 à 08:58)
L'homme aurait été assis dans l'ombre du couloir face à la porte ouverte sur le dehors.
Il regarde une femme qui est couchée à quelques mètres de lui sur un chemin de pierres. Autour d'eux il y a un jardin qui tombe dans une déclivité brutale sur une plaine, de larges vallonnements sans arbres, des champs qui bordent un fleuve. On voit le paysage jusqu'au fleuve. Après, très loin, et jusqu'à l'horizon, il y a un espace indécis, une immensité toujours brumeuse qui pourrait être celle de la mer.
La femme s'est promenée sur la crête de la pente face au fleuve et puis elle est revenue là où elle est maintenant, allongée face au couloir, dans le soleil. Elle, elle ne peut pas voir l'homme, elle est séparée de l'ombre intérieure de la maison par l'aveuglement de la lumière d’été.
On ne peut pas dire si ses yeux sont entrouverts ou fermés. On dirait qu'elle se repose. Le soleil est déjà très fort. Elle est vêtue d'une robe claire, de soie claire, par le devant déchirée, qui la laisse voir. Sous la soie le corps était nu. La robe aurait peut-être été d'un blanc passé, ancienne.
Ainsi aurait-elle fait parfois.
Parfois aussi elle aurait fait très différemment. Différemment toujours. C'est ce que je vois d'elle.
Elle n'aurait rien dit, elle n'aurait rien regardé. Face à l'homme assis dans le couloir sombre, sous ses paupières elle est enfermée. Au travers elle voit transparaître la lumière brouillée du ciel. Elle sait qu'il la regarde, qu'il voit tout. Elle le sait les yeux fermés comme je le sais moi, moi qui regarde. Il s'agit d'une certitude.
Je vois que ses jambes qu'elle avait jusque-là laissé aller à moitié repliées dans une apparente négligence, je vois qu'elle les rassemble, qu'elle les joint de plus en plus fort dans un mouvement consciencieux, pénible. Qu'elle les resserre si fort que son corps s'en déforme et s'en trouve peu à peu privé de son volume habituel. Et puis je vois que l'effort cesse brusquement et, avec lui, tout mouvement. Voici que tout à coup le corps a la rectitude d'une image définitive. La tête retombée sur le bras, elle s'est immobilisée dans cette pose du sommeil. Face à elle l'homme qui se tait.
Devant eux, les larges vallonnements immuables qui donnent sur le fleuve. Des nuages arrivent, ils avancent ensemble, se suivent à une lenteur régulière. Ils vont dans la direction de l'embouchure du fleuve vers l'immensité indéfinie. Leurs ombres ternes sont légères, sur les champs, sur le fleuve.
De la maison de la plate-forme ne parvient aucun bruit.
Elle aurait recommencé à bouger. Elle aurait été lente et longue à le faire devant lui qui regarde. Le bleu des yeux dans le couloir sombre qui boivent la lumière, elle sait, vrillés à elle. Je vois que maintenant elle relève ses jambes et les écarte du reste de son corps. Elle le f ai t de même qu'elle les a rassemblées, dans un mouvement consciencieux et pénible, si fortement que son corps, tout au contraire du moment qui a précédé, s'en mutile de sa longueur, s'en déforme jusqu'à une possible laideur. De nouveau elle s'immobilise ainsi ouverte à lui. La tête est toujours détournée du corps, retombée sur le bras. Dès lors elle reste dans cette pose obscène, bestiale. Elle est devenue laide, elle est devenue ce que laide elle aurait été. Elle est laide. Elle se tient là, aujourd'hui, dans la laideur.
Je vois l'enclave du sexe entre les lèvres écartées et que tout le corps se fige autour de lui dans une brûlure qui augmente. Je ne vois pas le visage. Je vois la beauté flotter, indécise, aux abords du visage mais je ne peux pas faire qu'elle s'y fonde
jusqu'à lui devenir particulière. Je ne vois rien que son ovale détourné, le méplat très pur, tendu. Je crois que les yeux fermés devraient être verts. Mais je m'arrête aux yeux. Et même si j'arrive à les retenir longtemps dans les miens ils ne me donnent pas le tout du visage. Le visage reste inconnu. Je vois le corps. Je le vois tout entier dans une proximité violente. Il ruisselle de sueur, il est dans un éclaire¬ment solaire d'une blancheur effrayante.
L'homme aurait attendu encore.
Et puis elle y serait arrivée. La force du soleil est telle qu'afin de l'endurer elle crie. Elle mord l'endroit de son bras déjà déchiré de sa robe et elle crie. Elle appelle un nom. Et que l'on vienne.
Nous entendons que l'on marche elle et moi. Qu'il a bougé. Qu'il est sorti du couloir. Je le vois et je le lui dis, je lui dis qu'il vient. Qu'il a bougé, qu'il est sorti du couloir. Que ses mouvements sont d'abord saccadés, brefs, comme s'il ne savait plus marcher et puis qu'ils deviennent lents, très lents, d'une excessive lenteur. Qu'il vient. Qu'il est là. Que je vois la couleur bleue de ses yeux qui regardent au-delà d'elle, vers le fleuve.
Il est arrêté devant elle, il fait ombre sur sa forme. A travers ses paupières, elle doit percevoir l'assombrissement de la lumière, la forme haute de son corps dressé au-dessus d'elle dans l'ombre duquel elle est prise. Le répit de la brûlure fait se distendre la bouche mordue à la robe. Il est là. Les yeux toujours fermés, elle lâche la robe, ramène ses bras le long de son corps dans la coulée de ses hanches, modifie l'écartement de ses jambes, les oblique vers lui afin qu'il voie d'elle encore davantage, qu'il voie d'elle plus encore que son sexe écartelé dans sa plus grande possibilité d'être vu, qu'il voie autre chose, aussi, en même temps, autre chose d'elle, qui ressorte d'elle comme une bouche vomissante, viscérale.
Il attend. Elle ramène son visage aux yeux fermés dans la direction de l'ombre et elle attend à son tour. Alors, à son tour, il le fait.
C'est d'abord sur la bouche qu'il le fait. Le jet s'écrase sur les lèvres, sur les dents offertes, il éclabousse les yeux, les cheveux et puis il descend le long du corps, inonde les seins, déjà lent à venir. Lorsqu'il atteint le sexe il a un regain de force, il s écrase dans sa chaleur, se mélange à son foutre, écume, et puis il se tarit. Les yeux de la femme s'entrouvrent sans regard et se referment. Verts.
Je lui parle et je lui dis ce que l'homme fait. Je lui dis aussi ce qu’il advient d'elle. Qu'elle voie, c'est ce que je désire.
L'homme, de son pied, fait rouler sa forme sur le chemin de pierres. Le visage est contre le sol. L'homme attend et puis il recommence, il fait rouler le corps de-ci de-là, avec une brutalité qu'il contient mal. Il s'arrête quelques secondes pour reprendre son calme, puis il recommence. Il éloigne le corps pour le rapprocher ensuite de lui dans la douceur. Le corps est docile, fluide, il se prête à ces traitements tout comme s'il était évanoui, sans les ressentir on dirait, il roule sur les pierres et reste là où il arrive dans la pose qu'il prend à l'arrêt du mouvement.
Tout à coup cela a cessé.
La forme est là, débraillée, loin de lui. L'homme la regarde et la rejoint. Alors, comme s'il allait continuer à la faire rouler de-ci de-là, l'homme pose son pied sur elle et soudain il ne bouge plus.
Il aurait posé son pied nu au hasard de la forme, vers le cœur, et soudain il n'aurait plus bougé. La chair des seins est douce et chaude, on s'y embourbe. L'homme ne bouge plus.
Il aurait relevé la tête et aurait regardé vers le fleuve. Le soleil est fixe et fort. L'homme regarde sans voir avec une grande attention ce qui se présente à ses yeux. Il dit:
- Je t'aime. Toi.
Le pied aurait appuyé sur le corps.
Une durée grandit, elle a cette unité de l'immensité indéfinie. L'homme n'aurait pas ressenti la peur. Il regarde toujours sans voir ce qui se présente à ses yeux, l'éblouissement de la lumière, l'air qui tremble.
Elle est sous lui, attentive de toute sa force, dirait-on, à l'évènement en cours. Sans un geste, la bouche mordue à son bras arrêtée à la soie de sa robe, elle en percevrait la progression, la pression du pied sur le cœur. Les yeux auraient été de nouveau refermés sur la couleur verte entrevue. Sous le pied nu il y a la boue d'un marécage, un frémissement d'eau, sourd, lointain, continu. La forme est défaite, molle, comme cassée, d'une terrifiante inertie. Le pied appuie encore. Il s'enfonce, atteint la cage d'os, appuie encore.
Elle a crié. Il a entendu un cri.
Il a le temps d'entendre que le cri ne s'arrête plus, d'entendre aussi qu'il faiblit. Et tandis qu'il croit avoir encore le temps de choisir, le pied hésite, et lourde¬ment se descelle du corps, se sépare du cœur sous la poussée du cri.
Il serait retombé dans le fauteuil du couloir sombre.
Les jambes de la femme se seraient séparées et seraient retombées, éreintées. Elle se retourne sur elle-même, elle crie encore et, dans de longs et lents sursauts, elle se débat. Sa plainte crie et pleure, elle appelle encore la délivrance, que l'on vienne, et puis brusquement, elle cesse.
Le soleil aurait été sur lui jusqu'à la ceinture. Je vois sa forme dans le couloir, elle est dans l'ombre, sans presque de couleurs. Sa tête est tombée sur le dossier du fauteuil. Je vois qu'il est exténué d'amour et de désir, qu'il est d'une extraordinaire pâleur et que son cœur bat à la surface de tout son corps. Je vois qu'il tremble. Je vois ce qu'il ne regarde pas et qui cependant se devine et se voit face au couloir, ces vallonnements si beaux avant le fleuve et cette immensité mauve toujours noyée de brume qui devrait être celle de la mer. La nudité de la plaine, la direction de la pluie devrait être celle de la mer. Et cet amour si fort. Je le sais, de cet amour si fort. La mer est ce que je ne vois pas. Je sais qu'elle est là au-delà du visible de l'homme et de la femme.
Il l'aurait regardée arriver vers lui la revenante du chemin de pierres.
Elle serait restée pendant un instant adossée au cadre de la porte avant de pénétrer dans la fraîcheur du couloir. Elle l'aurait regardé. Comme elle devant lui un moment avant il se serait tenu devant elle les yeux fermés. Ses mains sont immobiles posées sur les bras du fauteuil. Il aurait porté, il porte, un pantalon de toile bleue qu'il a ouvert et de laquelle elle ressort. Elle est d'une forme grossière et brutale de même que son cœur. De même que son cœur elle bat. Forme des premiers âges, indifférenciée des pierres, des lichens, immémoriale, plantée dans l'homme autour de quoi il se débat. Autour de quoi il est au bord des larmes et crie.
J'entends que la femme parle à l'homme.
- Je t'aime.
J'entends qu'il lui répond qu'il sait :
- Oui.
Je vois que la femme bouge et qu'elle va franchir à son tour les trois pas qui la séparent de lui. Je vois encore qu'il amorce un mouvement de fuite et qu'il retombe dans le fauteuil. Puis je ne vois plus rien au-delà des faits.
Elle est arrivée près de lui, s'accroupit entre ses jambes et la regarde elle, et seulement elle, dans l'ombre qu'à son tour elle lui fait avec son corps. Avec soin elle la met à nu dans sa totalité. Ecarte le vêtement. En sort les parties profondes. S'éloigne légèrement d'elle, la met dans la lumière.
Je vois que l'homme a baissé la tête et qu'il la regarde, qu'il regarde en même temps que la femme ce spectacle de lui-même. Elle bat toujours dans des soubresauts au rythme du cœur. A travers la finesse de la peau qui la recouvre s'étale le réseau sombre du sang. Elle est pleine de jouissance, remplie de jouissance plus qu'elle ne peut contenir et tant à l'étroit d'elle-même elle est devenue qu'on hésite à y porter la main.
L'homme et la femme la regardent ensemble. Cependant qu'ils ne font aucun geste vers elle et qu'ils la laissent encore.
Au-delà d'eux je vois encore que c'est un pays sans arbres, un pays du nord. Que la mer devrait être étale et chaude. C'est une chaleur claire aux eaux décolorées. Il n'y a plus de nuages au-¬dessus des vallonnements, mais il y a toujours ce brouillard loin¬tain. C'est un pays qui fuit devant soi, qui ne laisse pas de le voir et le voir encore, un mouve¬ment où ne jamais s'arrêter, ne jamais connaître la fin.
Elle se serait avancée lente¬ment, elle aurait ouvert ses lèvres et, d'un seul coup, elle aurait pris dans son entier son extrémité douce et lisse. Elle aurait fermé les lèvres sur l'ourlet qui en marque la naissance. Sa bouche en aurait été pleine. La douceur en est telle que des larmes lui viennent aux yeux. Je vois que rien n'égale en puissance cette douceur sinon l'interdit formel d'y porter atteinte. Interdite. Elle ne peut pas la prendre davantage qu'en la caressant avec précaution de sa langue entre ses dents. Je vois cela : que ce que d'ordinaire on a dans l'esprit elle l'a dans la bouche en cette chose grossière et brutale. Elle la dévore en esprit, elle s'en nourrit, s'en rassasie en esprit. Tandis que le crime est dans sa bouche, elle ne peut se permettre que de la mener, de la guider à la jouissance, les dents prêtes. De ses mains elle l'aide à venir, à revenir. Mais elle paraît ne plus savoir revenir. L'homme crie. Les mains agrippées aux cheveux de la femme il essaye de l'arracher de cet endroit mais il n'en a plus la force et elle, elle ne veut pas laisser.
L'homme. La tête du corps emportée gémit, jalouse et délaissée. Sa plainte crie de venir, de revenir à lui, elle crie la suppliciante contradiction qu'on lui veuille un tel bien. A elle, à la femme, il n'importe pas. Sa langue descend vers cette autre féminité, elle arrive là où elle se fait souterraine et puis elle remonte patiemment jusqu'à reprendre et retenir encore dans sa bouche ce qu'elle a délaissé. Elle la retient au bord d'être avalée dans un mouvement de succion continue. Il n'essaie plus rien de nouveau. Yeux fermés. Seul. Sans gestes, il crie.
Là-haut, le cri, la plainte se fait plus aiguë, elle est presque enfantine d'abord et ensuite elle s'approfondit, elle devient si douloureuse, tant, que la femme doit lâcher prise. Elle lâche, se retire, amène les cuisses plus près d'elle, les écarte et regarde et respire l'odeur humide et tiède. Elle s'attarde, le visage enfoui dans ce qu'il ignore de lui, respire longuement l'odeur fétide.
Je vois qu'il laisse faire et regarde de nouveau avec elle. Qu'il la regarde faire, qu'il se prête à son désir autant qu'il lui est possible. Qu'il tend à cette affamée l'homme qu'il est. C'est dans les cheveux de la femme que maintenant elle bat toujours des soubresauts du cœur.
Il crie doucement une plainte d'intolérable bonheur.
Le ciel passe lentement dans le rectangle de la porte ouverte. Il avance tout entier, on dirait à la lente vitesse de la terre. Les masses de nuages au dessin fixe sont emmenées dans la direction de l'immensité.
La bouche ouverte, les yeux clos, elle est dans la caverne de l'homme, elle est retirée en lui, loin de lui, seule, dans l'obscurité du corps de l'homme. Elle ne sait plus très bien ce qu'elle fait, ni ce qu'elle dit, elle croit toujours possible de faire encore autrement. Elle embrasse. Là où règne l' odeur fétide elle embrasse, elle lèche. Elle nomme les choses, insulte, crie des mots à son secours. Et puis de nouveau se tait, s'exaspère, s'acharne de toute sa force jusqu'au moment où les mains de 1 'homme la repoussent, et la renversent. Il la rejoint. Il s'allonge longtemps sur elle, il la pénètre, reste encore là, sans mouvements, tandis qu' elle pleure.
Ils viennent de jouir. Ils se sont séparés. Longtemps, par terre, rien d'eux ne se touche. Les dalles sont fraîches, désaltérantes. Elle pleure encore par à-¬coups, des pleurs d'enfant.
Il se retourne lentement vers elle et de sa jambe la prend contre lui. Ils restent ainsi. Il lui dit qu'il voudrait ne plus l'aimer. Elle ne lui répond pas. Il lui dit qu'un jour il va la tuer.
Rien ne se produit que le désordre et l'immobilité de leurs corps défaits excepté cette parole qu'il lui dit encore, que c'est sans fin.
Ils sont couchés dans le cou¬loir comme endormis tandis qu'autre chose se prépare dans la lente remontée du désir. Dans des gestes à peine perceptibles ils sont en train de se rapprocher. Les peaux, les sueurs qui se touchent, les visages, sa bouche à elle, retrouvée par lui. Ils restent ainsi, touchés, en attente. Et puis elle dit qu'elle désire être frap¬pée, elle dit au visage, elle le lui demande, viens. Il le fait, il vient, s'assied près d'elle et la regarde encore. Elle dit: frappée, fort, comme tout à l'heure le cœur. Elle dit qu'elle voudrait mourir.
Voici le rectangle de la porte ouverte est occupé par le corps assis de l'homme qui va frapper.
De l'immensité indéfinie arrive un brouillard, une couleur violette déjà rencontrée sur le chemin d'autres endroits, d'autres fleuves, dans les moussons très lointaines de la pluie.
La main de l'homme se dresse, retombe et commence à gifler. D'abord doucement puis sèchement.
La main gifle la naissance des lèvres puis, de plus en plus fort, elle gifle contre les dents. Elle dit que oui, que c'est ça. Elle relève son visage afin de l'offrir mieux aux coups, elle le fait plus détendu, plus à la disposition de sa main, plus matériel.
Au bout d'une dizaine de minutes, ils se seraient installés ensemble dans une précision parallèle. Il frappe de plus en plus fort.
La main descend, frappe sur les seins, le corps. Elle dit que oui, que c'est ça, oui. Ses yeux pleurent. La main bat, frappe, chaque fois plus sûre elle est en train d'atteindre une vitesse machinale.
Le visage est vidé de toute expression, étourdi, il ne résiste plus du tout, lâché, il se meut autour du cou à volonté comme chose morte.
Je vois que le corps de même se laisse frapper, qu'il est abandonné, hors de toute douleur. Que l'homme insulte et frappe. Et puis les cris tout à coup, la peur.
Et puis je vois que ces gens sont submergés par le silence.
Je vois que la couleur violette arrive, qu'elle atteint l'embouchure du fleuve, que le ciel s'est couvert, qu'il est arrêté dans sa lente course vers l'immensité. Je vois que d'autres gens regardent, d'autres femmes, que d'autres femmes maintenant mortes ont regardé de même se faire et se défaire les moussons d'été devant des fleuves bordés de rizières sombres, face à des embouchures vastes et profondes. Je vois que de la couleur violette arrive un orage d'été.
Je vois que l'homme pleure couché sur la femme. Je ne vois rien d'elle que l'immobilité. Je l'ignore, je ne sais rien, je ne sais pas si elle dort.
Marguerite Duras, L’homme assis dans le couloirLes Editions de minuit, 1980
"Il n'y a pas à avouer qu'on en est, parce que ce n'est pas une faute. Il n'y a pas à proclamer qu'on en est parce qu'il n'y a pas là de quoi tirer une fierté. Il y a simplement à dire qu'on en est parce que c'est comme ça. Ni honte, ni prosélytisme... Dire l'homosexualité, c'est la déculpabiliser." Jean-Louis Bory (1919-1979)
"J'ai couru après le temps
Il portait un manteau de pluie
J'ai déchiré en l'approchant
Un bout de tissu et depuis
C'est à minuit que ça arrive
Quand vous passez au jour suivant
Moi je reste sur l'autre rive
Pour une minute encore vivant
Une minute pour se faire la belle
Avoir la lune sous mes semelles
Et les cheveux dans les étoiles..."
Renan Luce, "24h01" (extrait), 1960
Quand ils sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.
(Poème attrué à Martin Niemöller (1892-1984), pasteur protestant arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.)
17/07/07 - 21:51
Pas lu.
jeuneparisien1978