Je lis : des ratures.
Je cite : «On met tellement de temps à devenir adulte, c'est toujours trop tard, et la vie se venge en nous infligeant des peines qui ne s'effacent pas et des remords affreusement amers.» (Frédéric Mitterrand)
(mis à jour dimanche 18 novembre 2007 à 08:58)

24/09/2007

24/09/07 - 21:12

Fier d'être Français, Môôôsieur!



Si j'en crois ce que dit Népo dans tel de ses posts, Notreprésident, le bon Sarkozy, donnerait à ET "honte d'être Français".
A vrai dire, la formule m'étonne un peu. Déjà, parce que, Sarkozy ou pas Sarkozy, je n'ai, moi, pas honte d'être Français.
Pourquoi? Tout simplement, parce que je ne suis pas non plus fier d'être Français. Je suis Français, point barre; c'est comme ça, je n'ai rien fait pour, et j'aurais pu avoir au moins deux autres nationalités.
Par ailleurs, je le confesse, toute honte bue, il ne m'arrive jamais de me réveiller au petit matin en me disant: "Chouette, je suis Français, qu'est-ce que je suis un mec bien, quand même!" Non, je suis plutôt content d'être Français, et il m'arrive - parfois, voire assez souvent - d'être satisfait de telle initiative ou de telle politique de la France, mais pour le reste, je ne suis ni fier ni honteux d'être Français. Pas plus que je ne dis "on a gagné" ou "on a perdu" quand l'équipe de France de rugby ou de football va s'ébattre sur la pelouse du stade de France.
Ainsi, je n'ai pas honte d'être Français quand Notreprésident, le désopilant Sarkozy, tient, n'en déplaise à Ernest, ce discours ridicule et scandaleux à la fois à Dakar. J'ai de la peine pour lui, tout simplement. Pour lui, et pour mon pays, qui l'a élu président, je crois, à 52 ou 53% des suffrages exprimés.
De même, lorsque je regarde, dernièrement, son allocution télévisée. Je me demande comment il se peut, diable, qu'un type dise de telles bêtises, de telles outrances, fasse preuve d'une telle démagogie et affiche une telle inculture (y compris en ce qui concerne la maîtrise de la langue française), doublées d'un tel mépris de la culture, en toute légèreté, en toute indifférence, en toute impunité. Je pense que ce n'est pas se montrer partisan que de dire que Sarkozy, à la télé, parle comme n'importe quel beauf au comptoir du café du commerce. Simplement, le beauf du café du commerce, lui, a au moins l'excuse de s'être envoyé son premier verre de rouge à neuf heures du matin. Sarkozy, lui, me dit-on, ne boit que de l'eau: avouez que c'est quand même assez effrayant!

Les formules de Sarkozy, sa rhétorique, ses effets de manche, feraient rire, je pense, un gamin hypokhâgneux ou de DEUG 1. Et pourtant, elles marchent!

Je suis écoeuré du traitement que Sarkozy inflige actuellement à l'Education nationale et à la Fonction publique en générale. Je suis écoeuré par sa rhétorique à deux balles (ah, supprimer un fonctionnaire sur deux, voilà le progrès social!). Ecoeuré, encore, par ses goûts de nouveau riche: on dirait un banal gay parisien qui va faire les soldes chez Dior ou chez Chanel.
Je suis écoeuré du fait qu'un mec aussi populiste et aussi "bas de plafond" (pour reprendre une expression d'ET) ait pu être élu président de la république. Je suis écoeuré du fait que des journalistes, que l'on me présente comme prestigieux, et qui ont dû faire Sciences-po, l'ENA ou je ne sais quoi, le laissent ainsi babiller. En un mot, je suis furieux qu'un type aussi médiocre puisse être le président de mon pays.
Pour autant, ce n'est pas ce roquet démagogue qui me rendra honteux, ou fier, d'être Français. Peut-être un peu plus malheureux ou un peu plus angoissé qu'autrefois, tout simplement. Ou furieux...

Je n'ai pas honte d'être Français. Tout simplement, déconcerté et incrédule, je me demande comment le peuple français, qui a quand même une histoire, et une conscience politique, a pu élire un type aussi médiocre.

Bon, ajoutons ceci.Les deux ou trois lecteurs qui me sont fidèles auront sans doute observé que, pendant toute la campagne présidentielle, je me suis abstenu de toute considération politique. Je n'ai rien dit, que dalle. La raison en est double. D'une part, j'ai bien conscience que je ne sais rien, et que mes considérations politiques n'ont absolument aucun intérêt. D'autre part, parce que moi qui, gamin, insultais et rouais de coups l'Arnaud L., sous prétexte que ma mère votait Mitterrand et son père Giscard, je ne crois plus, désormais, en cette gauche socialiste qui a désigné Jospin puis Royal candidats à l'élection présidentielle. Inutile, ici, de faire de longs discours embarrassés: il y a une chanson des Fatals Picards qui exprime très bien ce que j'aurais peine à dire.
Mais justement: c'est quoi, ce monde qui nous offre pour toute perspective l'alternative Sarkozy-Royal?

Je n'ai pas honte d'être Français, non, et d'ailleurs je crois que je me fous un peu d'avoir honte ou pas d'être Français: là n'est vraiment pas le problème. Je suis et reste plutôt content d'être Français - mais j'ai peur, il est vrai... et je souffre, d'une société qui peut écouter Sarkozy bêtifier pendant une heure à la télé sans se précipiter dans la rue pour tout casser, je souffre, d'une société dont il me semble qu'elle assume le fait de n'avoir désormais plus aucun idéal.

Et le pire, c'est que je ne peux même pas dire: "Vivement 2012!"

commentaires

24/09/07 - 21:58

Je veux pas pinailler mais on ne dit plus DEUG 1, c'est Licence 1.

Avec Ségolène Royal, on se serait plus marré ^^

Tiens, il y a un chtit Rafa qui gigote sur l'écran, c'est un sacré plus sur ce blog !

25/09/07 - 09:20

Ah, vous reconnaissez ENFIN le charme du ch'tit Rafa!

25/09/07 - 10:03

25/09/07 - 10:08

Cuistre http:///

25/09/07 - 10:36

tiens* pas tient, cuistre.

25/09/07 - 16:20

25/09/07 - 19:14

Lol ET ce n'était en aucun cas une attaque, personnelle ou pas, d'ailleurs. Je le dis en début de post: je citais Népo vous citant sans contextualiser votre propos. Et je ne suis pas allé voir plus loin ou ailleurs.
A vrai dire, la phrase, venant de vous, m'a certes un peu étonné, mais j'en suis resté là: comme je le fais parfois, je me suis simplement servi de la formule pour réfléchir à ce que moi, je ressentais - sans que ce soit une contestation de son auteur ni même une réponse à celui-ci (si tel avait été le cas, j'aurais d'abord vérifié mes sources).
En fait, vous le voyez: vous êtes, sur ce post du moins, ma source d'inspiration, pour ne pas dire ma muse.^^

Pour moi,ça renvoie à ce débat qui revient régulièrement sur le JDI: "Sarkozy est-il mon président ou pas?" Il est le président de mon pays, en tout cas, et je dois bien accepter qu'il parle en mon nom, ou du moins que son discours soit pris comme tel. C'est comme ça... A partir de là, comment je m'en accommode? C'est ça qui m'intéresse.
Notons enfin que cette formule, ou du moins cette notion de honte ou de fierté, revient souvent, dans d'autres contextes: être fier d'être homo, être fier d'être noir, avoir honte de la colonisation de l'Afrique... et tout cela me laisse dubitatif.
Quoi qu'il en soit, je vous lis depuis assez longtemps, alors soyez bien persuadé que si jamais j'avais à critiquer ou à contester publiquement vos propos, j'aurais la courtoisie de le faire d'abord en privé, ou de vous en informer. Voili-voilà.

25/09/07 - 19:17

(Je ne retrouve pas le "tient" que vous incriminez)

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"Il n'y a pas à avouer qu'on en est, parce que ce n'est pas une faute. Il n'y a pas à proclamer qu'on en est parce qu'il n'y a pas là de quoi tirer une fierté. Il y a simplement à dire qu'on en est parce que c'est comme ça. Ni honte, ni prosélytisme... Dire l'homosexualité, c'est la déculpabiliser." Jean-Louis Bory (1919-1979)

"J'ai couru après le temps
Il portait un manteau de pluie
J'ai déchiré en l'approchant
Un bout de tissu et depuis

C'est à minuit que ça arrive
Quand vous passez au jour suivant
Moi je reste sur l'autre rive
Pour une minute encore vivant

Une minute pour se faire la belle
Avoir la lune sous mes semelles
Et les cheveux dans les étoiles..."



Renan Luce, "24h01" (extrait), 1960







Quand ils sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.


(Poème attrué à Martin Niemöller (1892-1984), pasteur protestant arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.)