Je lis : des ratures.
Je cite : «On met tellement de temps à devenir adulte, c'est toujours trop tard, et la vie se venge en nous infligeant des peines qui ne s'effacent pas et des remords affreusement amers.» (Frédéric Mitterrand)
(mis à jour dimanche 18 novembre 2007 à 08:58)

29/02/2008

29/02/08 - 06:54

Allez...



Petit cadeau à un mien lecteur occasionnel, énigmatique et troublant: cette fois, vous l'avez en grand... L'image, bien sûr, l'image! Et n'est-il pas effectivement croquignolet, ce garçonnet?

Note à benêts, et à l'intention toute particulière d'Aurélian: non, ce n'est pas tout à fait moi sur la photo, hein!

18/02/2008

18/02/08 - 16:36

Le miroir qui revient...

Et puis l'image qui se brise et le visage qui disparaît. Dans l'indifférence...

Y aura-t-il un jour une nouvelle araignée?

17/02/2008

17/02/08 - 23:51

Petit clin d'oeil à un énigmatique correspondant qui me fait parfois l'honneur de me lire ou Confidence

En 1996, de retour à Nancy, après avoir beaucoup écouté une chanson de Font&Val * et en recherche - mais de quoi? - j'avais inventé de m'installer non dans un quartier modeste mais tranquille, comme mon petit premier vrai salaire m'y eût autorisé, mais dans la deuxième ville du département, où l'on trouvait, disait-on, sinon quatre-vingt dix huit couleurs de peau... un grand mélange de nationalités. Vandoeuvre était alors, sans doute, et malgré toutes ses tours, mon Brésil à moi.

Vandoeuvre et ses vendeurs de drogue que je n'ai jamais vus -qu'est-ce que tu crois, ils t'avaient percuté au premier coup d'oeil: ils savaient que tu bossais - Vandoeuvre et son improbable "Centre des Nations", Vandoeuvre et ses indéfinissables cafés louches pleins d'adolescents à la trogne inquiétante de porto-ricains cruels et de types louches en débardeurs à la propreté tout aussi louche, incroyablement musclés ou terriblement gras et au chicot triomphant, qui jouent à toute heure du jour -car à partir de vingt heures, c'est un autre monde qui commence, et d'autres créatures qui surgissent, à Vandoeuvre - à des jeux d'argent que je n'ai jamais compris mais où il semble que l'on sorte toujours perdant. Vandoeuvre et sa banalisation de la précarité, de la fragilité, du danger - à Vandoeuvre, quand quelqu'un sort une arme à feu en pleine rue, ou au fameux "Centre des Nations", on n'est pas surpris, non: quand on est un type normal, comme vouzémoi, on se colle contre le mur ou on s'accroupit puis on s'immobilise pendant que des types que l'on n'imagine même pas sortis d'un film de Jean Gabin s'insultent allègrement, y vont à l'esbroufe et inventent celui qui qui tient le flingue à leur trouer la peau; et puis, dès l'affaire faite, ou pas, la vie reprend son cours, vous donnez 1,20€ au mec de la Maison de la Presse pour votre exemplaire de "L'Est Rép" ou au buraliste 150 € pour votre paquet de News en 30 que Françoise pourrait vous avoir pour trois fois rien par un copain, au Luxembourg; "le Centre des Nations" reprend vie aussi vite qu'il s'était immobilisé. Vandoeuvre et son lot de fantasmes car, sur l'audiotel ou sur le minitel, à cinq heures du matin, il y a toujours des types qui n'existent pas et qui vous racontent des amants improbables rencontrés à trois heures du mat' entre les tours ou dans les caves de Vandoeuvre.

Personne n'a jamais compris que j'allasse alors m'installer là-bas.

Le 8 août 1996, soit trois jours après mon emménagement à Vandoeuvre, dans une rue sombre derrière la MJC Etoile, que je serais bien en peine de retrouver aujourd'hui, passant innocemment devant un bloc en tous points comparable au mien, je m'entendis dire par un Maghrébin haineux et trentenaire mais pour les médias définitivement jeune: " Dégage, sale négro, rentre chez toi, ou je te troue". Ce fut, je crois, ma dernière sortie nocturne à Vandoeuvre.


Bref, j'ai passé six ans précisément au 4, allée de Rotterdam, juste en face de ce parc où des adolescents beaux comme des anges en assassinaient d'autres, en pleine nuit, à grands coups de couteaux et pour des raisons qu'ils ne comprenaient sans doute même pas eux-mêmes.



ROTTERDAM


Il n’en restait plus qu’un
Et c’était celui-là
Un port du Nord ça plaît
Surtout quand on n’y est pas
Ça fait qu’on voudrait y être
Ça fait qu’on n’sait pas bien
S’il faut s’taper l’poète
Ou s’taper la putain... d’Rotterdam
Où y’a pas qu’des putains
Où y’a pas qu’des marins
Où y’a des chiens perdus
Et les enfants des rues
Où y’a pas qu’des marchands
Où y’a pas qu’des chalands
Où y’a des vieux chevaux
Qui bridgent avec la mort
Où y’a des flics chinois
Qui se prennent pour la reine
Où y’a des filles en soie
Qui font couler leur gaine
Sur le bord du trottoir
Comme un chagrin de plus
Qui traînera ce soir
Tout le long de la rue
Si au moins ça pouvait ressembler à Rotterdam
Où y’a des rats crevés
Comme y’en a à Paris
Où y’a des chats croisés
Avec des vieilles souris
Où y’a pas que de l’import
Où y’a bien loin du port
Des amants qui se font
Et puis qui se défont
Où y’a pas qu’des banknotes
Au seuil des minijupes
Et des mecs qui s’occupent
A placer leur camelote
Où y’a des malheureux
Qui donneraient leur cul
Si en donnant son cul
On était bienheureux
Si au moins ça pouvait ressembler à Rotterdam
Où y’a des assassins
Planqués dans leur whisky
Et puis des insensés
Qui passeront pas la nuit
Où y’a pas qu’du tabac
Au goût de caramel
Où y’a de pauv’s soldats
Qui s’farciraient l’Carmel
Où y’a un Christ debout
Derrière un bar de nuit
Qui cause avec le bout
Avec le bout d’la nuit
Où y’a des exilés
Qui sortent leur exil
Dans le ciel barbelé
D’une publicité con
Si au moins ça pouvait ressembler à Rotterdam
Où je n’irai jamais
Car je vais au soleil
Où tu n’iras jamais
Car partout c’est pareil
Je prends le train du Sud
Tu prends le train du Sud
Il prend le train du Sud
Jusqu’au bout de la nuit
Si au moins ça pouvait ressembler à l’Italie

(Léo Ferré)

* C'était aussi ma grande période Jean Genet

17/02/08 - 11:02

Fatigué

Depuis 1987 ou 1988, la politique française ne laisse de me consterner. Je suis avec ennui et tristesse les débats et réunions publics; je lis, ici, avec attendrissement les prises de position de Fabulous, ou avec dédain celles du très élégant et très bien placé T., mais je n'y crois plus.
Martinon, Teullé, Sarkozy, T. et quelques autres: cristi, que cette génération me fait gerber!
Le drame, c'est que je ne crois pas plus en une hypothétique révolution, ou au sang neuf du rap. Alors, quoi: irai-je m'acheter moi aussi une rollex, ou me faire tailler un beau costume à cinq cents euros dans les beaux quartiers - comme tous ces gens qui déboulent et pullulent désormais sur Gayattitude?
Fût un temps de mon adolescence où j'admirais Jean-Marie Cavada, pour son parcours, pour sa tenue et pour sa maîtrise de la langue française.
Et puis, tout à coup, il y ça:



Est-il seulement utile de commenter ces silences? Est-il seulement besoin de formaliser une quelconque interprétation de cette absence totale de conscience - qui conduit aussi d'autres à aller sucer des enfants (sic), morts de surcroit, victimes d'un génocide (ce n'est pas rien, quand même), et au mépris total de l'opinion d'une femme politique qui, elle, a vécu l'horreur des camps - ce, pour de simples raisons électorales!

Alors, quoi? Eh bien, n'en déplaise à H, alias I, l'indispensable ami comme un rêve familier et pourtant bien réel, plus que jamais, il y a la tentation... de l'Amazonie: loin des Martinon, des Teullé, des Cavada et de tous ces petits mecs frais émoulus et en jolis costards du soir au matin, taillés sur mesure chez les tailleurs des beaux quartiers - ah, cristi, aller vivre nu au milieu des sauvages, en Amazonie, passer mon temps à danser au milieu des fleurs, à forniquer et à aller ramasser dans la rivière des pierres qui me donneront la certitude... d'être invisible. L'espoir d'une autre réalité.
Ah oui, cristi, oublier tous ces petits messieurs de Science-po et de l'ENA, proprets, bien habillés et parfumés, qui, jour après jour, en toute insouciance, en tout mépris et en toute abjection, crachent à la gueule de mes parents et de tous ceux qui m'ont fait.

 



"Il n'y a pas à avouer qu'on en est, parce que ce n'est pas une faute. Il n'y a pas à proclamer qu'on en est parce qu'il n'y a pas là de quoi tirer une fierté. Il y a simplement à dire qu'on en est parce que c'est comme ça. Ni honte, ni prosélytisme... Dire l'homosexualité, c'est la déculpabiliser." Jean-Louis Bory (1919-1979)

"J'ai couru après le temps
Il portait un manteau de pluie
J'ai déchiré en l'approchant
Un bout de tissu et depuis

C'est à minuit que ça arrive
Quand vous passez au jour suivant
Moi je reste sur l'autre rive
Pour une minute encore vivant

Une minute pour se faire la belle
Avoir la lune sous mes semelles
Et les cheveux dans les étoiles..."



Renan Luce, "24h01" (extrait), 1960







Quand ils sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.


(Poème attrué à Martin Niemöller (1892-1984), pasteur protestant arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.)