Je lis : des ratures. Je cite : «On met tellement de temps à devenir adulte, c'est toujours trop tard, et la vie se venge en nous infligeant des peines qui ne s'effacent pas et des remords affreusement amers.» (Frédéric Mitterrand) (mis à jour dimanche 18 novembre 2007 à 08:58)
Croyant me faire plaisir, ou peut-être pour me remercier de la petite fortune que je lui ai versé en près de vingt ans, mon assureur vient de m'envoyer Le nouveau Littré en CD...
Mouais, soit... Enfin non: à vrai dire, je le trouve nul, ce CD. Je n'y retrouve absolument pas la richesse étymologique et polysémique de mon édition papier.
J'aime les dictionnaires. Entendons, les gros. D'ailleurs, quand je serai grand, je me payerai le Trésor de la Langue Française qui, lorsque j'étais étudiant, me proposait près voire plus d'une page de définition du mot "regard" - et me fut, en plus d'un cas, bien plus utile que le dictionnaire de l'Académie.
A vrai dire, je connais assez peu les dictionnaires en CD. A vrai dire, grand rêvasseur devant l'Eternel, je crois que j'ai besoin de tourner des pages, de m'arrêter, de reprendre, de sentir entre mes doigts, de me relever en râlant pour aller cherher un autre volume parce que telle définition m'invite ou m'oblige à passer de la lettre "J" à la lettre "C", ou "K".
Je connais, donc, assez peu les dictionnaires en CD: de mémoire, j'ai dû travailler un peu sur le Robert n°1 et sur le Petit Larousse. Mais il me semble qu'ils sont tous décevants, proposant des définitions laconiques et simplissimes. En tout cas, je n'y retrouve pas le plaisir... des mots. Ce plaisir dont parle un Cavanna une Isabel Allende ou encore un Ahmadou Kourouma mais que nous sommes beaucoup à avoir éprouvé, à éprouver, dans la solitude bienveillante de notre petit bureau de bois, sur le parquet de notre chambre dans ce coin bien précis qui ne pourrait être l'autre, sous notre couette à des heures terriblement déraisonnables ou sur la lunette des toilettes.
Là, rien: " Le CD", disait déjà Mallarmé: vive le papier et toute la richesse de ses mots imprimés.
Après dix-neuf ans d'aveugle et sans doute naïve fidélité, il est peut-être temps que je change d'assureur, moi!
Voilà bien vingt-cinq ans je crois, à peine adolescent et même pas encore boutonneux, en tout cas bien avant de savoir si j’étais vraiment, gay, pagaie, rame ou aquarium, je me disais : cristi, ce Lambert Wilson, c’est quand il veut, où il veut!
Je ne sais rien des goûts ni de la vie privée de Lambert Wilson… Reste que, ce soir, je me dis soudain: dans trente ans, dans quarante ans comme aujourd’hui, Lambert Wilson, ce sera quand il veut, où il veut.
Rien n'est plus fragile que le bonheur sans illusion,
Quand il vient par un matin d'avril,
Se poser juste le temps d'une chanson,
Légère et facile, familière et sans prétention,
Mamy, comme un rayon de soleil sur le toit de ta maison.
Le petit garçon qui fredonnait sous la tonnelle
Sans rimes et sans raison en courant derrière les ailes de papillons,
Le petit bonhomme libre et fier comme un vagabond,
Maman, Mamy, est-ce-que tu le revois de temps en temps?
Celui qui te faisait sourire et rêver au bord de l'eau,
Toujours à courir devant dès les premiers beaux jours
Du printemps.
Rien n'est plus fragile que le bonheur sans illusion,
Maman, Mamy, c'est pour toi que je dédie cette chanson,
A part toi personne ne me parle jamais de lui,
Maman, Mamy, à part toi qui m'a donné la vie.
Il y en a, ici, qui nous parlent opéra et musique classique. C'est bien, quand on est gay, l'opéra et la musique classique: ça dédouane, ça donne une respectabilité - malgré tout. Mais moi qui ne suis qu'homo*, ma vie est une chansonnette qui se résume à quelques paroles et à des refrains simples.
* enfin, s'il faut absolument donner une définition à l'être.
"Voilà combien de jours, voilà combien de nuits,
Voilà combien de temps que tu es reparti,
Tu m'as dit cette fois, c'est le dernier voyage,
Pour nos cœurs déchirés, c'est le dernier naufrage,
Au printemps, tu verras, je serai de retour,
Le printemps, c'est joli pour se parler d'amour,
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
Et déambulerons dans les rues de Paris (...)"
Selon mon voisin, croisé tout désappointé, il s'en est fallu de cent quarante-neuf voix. C'est ballot, quand même: à cent quarante-neuf voix près, on avait un maire UMP à la place d'un maire... UMP!
Quant à moi, ce soir, je crois que je reprendrai des moules.
En consultant la liste des nouveaux commentaires éventuels de mon blog, je découvre avec stupéfaction que je suis lu par un général quatre étoiles (s'il vous plaît) qui se trouve, qui sus est, sur la liste pour laquelle je n'ai pas voté, dimanche dernier.
Quatre étoiles: eh, je ne sais pas si même le vieux Bigeard, de Toul (oui, la commune de l'aut' harpie) en a autant!
Mais, mieux encore, mon général m'invite à aller voter "écolo" dimanche prochain.
"Etonnant, non?"
PS: Quand je dis que mes rares commentateurs sont formidables - fors Népomucène - ce n'est pas par flagornerie; ainsi, aujourd'hui, quelques mots et un lien laissés par un mystérieux F. en bas d'un post un peu énervé me font découvrir un rondeau - et l'envie d'écouter l'oeuvre entière.
Depuis deux jours, trois peut-être, le sourire de cet étrange garçon aux cheveux verts m'intrigue et m'attire.
Pourquoi: pour le galbe de ses lèvres? Je ne sais pas. Il est vrai qu'il a une bouche et des lèvres absolument remarquables. Saisissantes. En photo du moins. Peu importe: il est ce genre de garçons vers lesquels je ne vais pas, que je ne connais pas, que je ne désire pas ou pas vraiment mais qui me fascinent et que je pourrais passer des heures à regarder, ou dont même je pourrais passer des heures à regarder la photo, comme pour capter quelque chose, comprendre un mystère, trouver la clé, le secret dont il me semble que j'ai été dépossédé à la naissance.
Cette sorte d'insouciance ou pour mieux dire d'innocence, que je n'ai jamais eue et après quoi il me semble que j'ai toujours couru. Enfant, adolescent, c'est toujours ça, je crois, que j'ai cru ou du moins voulu trouver en ceux que j'aimais ou même que je désirais - pour être plus précis, cette image, cette représentation de cette innocence dont j'étais orphelin.
Curieusement, c'est assez amusant, cette image, cette représentation, est désormais pleinement intégrée à l'iconographie gay: aujourd'hui, c'est ce que l'on appelle, je crois, être un "choupinet" (quel terme ridicule) ou un "bogosse"(en un mot), et à la grâce des appareils-photos numériques et des miroirs de salle de bain, nombreux sont ceux qui, convaincus que leur jeunesse est une valeur, s'emploient , à grands renforts de sourires ingénus et de regards tristes ou langoureux savamment étudiés - à représenter cette innocence originelle. Bien sûr, c'est trop gros, trop maladroit; n'est pas Rimbaud qui veut, ni "Sébastien parmi les hommes": on n'y croit pas. N'est pas qui n'est pas moi qui veut: j'ai eu moi aussi vingt ans!
Le garçon aux cheveux verts, lui, me semble ne pas poser... Et j'aimerais quelquefois, moi, sinon lui poser des questions, du moins savoir quels mots pourraient sourdre et affleurer à ces lèvres de velours. J'imagine un discours hésitant, doux, un peu voilé, naïf peut-être mais rendu grave par le souffle chaud des silences.
Le garçon aux cheveux verts est typiquement le genre de garçons que je n'aborderai jamais, pour plein de raisons. Je n'entendrai jamais le son de sa voix, je ne saurai jamais si j'avais raison de l'imaginer un peu grave, de cette gravité de l'enfance. Le garçon aux cheveux verts, je sais tant que je n'aurais rien à lui dire, que je ne saurais rien lui dire, que je n'ai sans doute rien à lui dire et que je n'ai peut-être même pas envie de savoir lui dire quoi que ce soit - juste tes lèvres et le silence de ce regard... j'aime les regards... sais-tu que seuls Rimbaud et Duras ont donné de la couleur au regard, dans les deux cas le bleu?... - juste le regarder, chercher à comprendre, encore et encore, jusqu'à l'infini ... Et ça tombe bien, lorsque je lis enfin ceci:
- "Ah oui o fete + de 25ans c'est meme pas la peine d'essayer"
- "Je déteste leurs dents comme tout désir dans cette pénombre glauque aux rideaux jaunes sur HLM. Je n’aime pas son regard triste quand il pose sa main sur ma tête comme pour excuser le destin des satellites. Je n’aime pas le passé pendant que mes yeux crachent une buée.
Je considère leurs vies, une à une, sur papier.
Les images s’effilochent pendant que l’ombre, en douce, s’est installée.
Il y en aurait-il une seule que j’envie ?"
J'aime bien ces six phrases. Surtout la première, la troisième et la cinquième.
Mais il faut considérer, accepter d'embrasser, le tout, bien sûr. Ne pas sortir le mot de son contexte quand il est "je" à ce point: juste le voler, comme Prométhée ou Tournier. Plutôt Prométhée.
J'aime bien, beaucoup, la troisième phrase, même si j'aime, quant à moi, trop, sans doute, la buée, les yeux et le passé.
Je n'aime pas l'ombre mais elle est là, je crois, tapie en moi, depuis longtemps. Il dit: depuis toujours.
J'aime bien les points d'interrogation de quarante ans.
J'aime, je n'aime pas, je n'aime pas, j'aime, ces textes, parfois ces trois fois riens sur des papiers, autour de nous, qui nous font nous dire, qui me font me dire: " Efface donc ce que tu essaies désespérément de lire, rude boeuf, et prends le temps de lire: tout est dit, déjà, bien mieux que tu ne le pourrais". me fontm
Hier, histoire de me faire ici bien voir et de montrer quel type raisonnable je suis, saperlotte, quand même, j'écrivais que, malgré mon bien peu d'enthousiasme, j'étais aller voter. Je rappelais alors qu'aux législatives, nous avions le choix de voter pour un UMP ou pour un UMP.
Aujourd'hui, en compulsant le torchon la gazette locale, j'apprends que rien n'est fait, et qu'il y a en fait une triangulaire, pour le second tour. Oui, une triangulaire, entre trois candidats... UMP!
"Etonnant, non?"
Alors bon, moi, je veux bien être un brave garçon, civique et tout et tout, donner de ma personne, être un héros, tout ce qu'on veut... quelque chose me dit que, dimanche prochain, et pour la première fois de ma vie... j'irai à la pêche aux moules!*
* Mais non, Jérôme , non, rien de sexuel là-dedans: je ne suis pas vous!
Et dire qu'il y a vingt ans, je dansais dans la rue!
Je suis donc allé voter... une fois de plus!
A suivre...
L'an dernier, au second tour des législatives, j'avais le choix entre le candidat officiel de l'UMP et le candidat non officiel de l'UMP mais soutenu par Sarkozy: c'est dire...
Seul sujet d'enthousiasme, de plaisir, de satisfaction: il n'y avait aujourd'hui, ni à l'élection municipale ni à la cantonale, aucun candidat FN ou MNR - en tout cas déclaré (parce que quand même, hein, M. B. Friedrich, "68 ans, général 4 étoiles à la retraite", je m'en méfie un tantinet, par exemple).
Voyons cependant ce que cela donnera au niveau national...
"Il n'y a pas à avouer qu'on en est, parce que ce n'est pas une faute. Il n'y a pas à proclamer qu'on en est parce qu'il n'y a pas là de quoi tirer une fierté. Il y a simplement à dire qu'on en est parce que c'est comme ça. Ni honte, ni prosélytisme... Dire l'homosexualité, c'est la déculpabiliser." Jean-Louis Bory (1919-1979)
"J'ai couru après le temps
Il portait un manteau de pluie
J'ai déchiré en l'approchant
Un bout de tissu et depuis
C'est à minuit que ça arrive
Quand vous passez au jour suivant
Moi je reste sur l'autre rive
Pour une minute encore vivant
Une minute pour se faire la belle
Avoir la lune sous mes semelles
Et les cheveux dans les étoiles..."
Renan Luce, "24h01" (extrait), 1960
Quand ils sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.
(Poème attrué à Martin Niemöller (1892-1984), pasteur protestant arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.)