Je lis : des ratures. Je cite : «On met tellement de temps à devenir adulte, c'est toujours trop tard, et la vie se venge en nous infligeant des peines qui ne s'effacent pas et des remords affreusement amers.» (Frédéric Mitterrand) (mis à jour dimanche 18 novembre 2007 à 08:58)
Il a franchement la classe, Alain Bashung.
Vraiment!
C'est le genre d'artistes qui m'enrichissent mais aussi qui me donnent moins peur, de la vie, peut-être...
Et chapeau bas, justement!
Votre dernier album est, comme tous les autres, magnifiquement superbe.
Alors quoi?
Ben rien. Merci, tout simplement.
Et puis...
Surtout, continuez - ainsi!
Sur Gayattidude, il y a ce type, aussi, que je connaisvirtuellement depuis près de quatre ans, qui est ondiniste, partouzeur, amateur de petites frappes et pornophile averti... mais qui consacre l’autre partie de sa vie à la culture.
Bon, il faut se méfier de ce mec, hein. Par exemple, tous les mois je crois, il envoie à sa liste d’amis (oui, je sais, c’est lamentable : ce mec fait des listes, comme le pékin moyen de Gayattitude) une citation, supposée édifier ou faire réfléchir. Eh bien, sa dernière citation était de … M Pokara (sic). Je cite :
«Je me fous de ce que les gens diront, je suis content de faire la couverture de Têtu, car je suis un chanteur pop, donc populaire, qui s'adresse à tout le monde, toutes les catégories, tous les bords, toutes les religions. Et si ça peut en choquer quelques-uns, eh bien ce sera encore mieux. Il y a des mecs qui vont se pointer devant moi et me faire: "Ouh là la, qu'est-ce qui t'arrive, Matt ?" Et je vais répondre: "Eh ouais…"»
M Pokora (Têtu, avril 2008)
Affligeant, non ?
Bon, je commence (un tout petit peu) à cerner l'individu et me dis que, pour lui, des muscles bandés ou des tatouages plein partout sont gages d’intelligence. En d’autres termes, mon aimable correspondant cite M Pokora comme cette vieille carne de Népo (de grâce, les jeunes, arrêtez de croire qu’il n’a que vingt-neuf ans !) réclame, à « corps » (sic) et à cri, la bite de Jean Sarkozy.
Peu que nous importent, ici, l’élasticité jubilatoire et appétence anale de notre plaisant bouffeur de cassoulet : Force est de constater, et de reconnaître que, bien souvent, il nous apprend des choses, nous ramène à l’art, par sa sensibilité ou tout simplement par le récit de ses sorties, ou nous file des liens toujours intéressants.
Ainsi, ce jour d’hui (je mens, en fait, c’était hier, mais hier, j’avais une tonne de p… de c… de m… à c…), ce lien vers une interview d’Aimé Césaire.
« Mais pourquoi reproduire ici l’interview, et placer en plus sur votre blog une vidéo, qui retardera inévitablement la lecture du JDI ? », trépignera le Krop moyen, toujours prompt à me prendre en faute défaut.
A quoi je répondrai : « Eh bien, pourquoi pas ? »
Eh puis merde, c’est Césaire, hein, quand même !
Enfin, et plus sérieusement, je dirai ceci : il y a déjà peu de personnes qui lisent mon blog (apparemment, une vingtaine, les jours de grande affluence) ; alors qui*, à part l’inestimable et merveilleux G, aura l’idée d’aller regarder les quelques commentaires qu’on me laisse, pour y trouver les références que notre chevalier du fiel y laisse ?
Eh puis bon, ça va, hein : vous nous imposer à longueur de JDI des photos de Madonna en petite culotte ou d’acteurs pornos des années 70 en slip de bain sur des plages vaguement antillaises – vous pouvez bien vous taper, je veux dire souffrir trente lignes sur l’un des plus grands auteurs du vingtième siècle.
Alors voilà… Enjoy !
(Et, encore une fois, merci à vous, J, qui me permettez depuis quatre ans de vivre un peu moins sot).
o o o o
Lui qui sut toujours entremêler devoir poétique et art politique est demeuré, jusqu'à sa mort, la voix de toutes les victimes du colonialisme, le chantre de la négritude et de sa terre tant aimée, la Martinique. “Télérama” l'avait rencontré à Fort-de-France en 2006. Nous vous proposons également une vidéo et l’extrait d’un documentaire qui lui étaient consacrés.
Tous les jours, le même rituel. Le coup de Klaxon du chauffeur. La voiture qui entre dans la cour de l’ancien hôtel de ville de Fort-de-France, aujourd’hui écrin coquet du théâtre municipal. Et puis, la secrétaire d’Aimé Césaire, qui guide les pas hésitants du vieil homme, bras dessus, bras dessous, jusqu’à sa table de travail. A 92 ans, l’ancien maire et député de Fort-de-France a conservé son bureau, comme un ultime honneur. Dans ce refuge encombré de cadeaux et de souvenirs divers (des statuettes africaines, un maillot du footballeur Lilian Thuram accroché au mur dans un sous-verre…), Aimé Césaire accueille ses visiteurs sans rendez-vous et sans protocole. Comme un Saint Louis des tropiques tenant audience, il reçoit des célébrités de la planète qui ont fait parfois des milliers de kilomètres pour rencontrer l’un des derniers grands mythes de la littérature du XXe siècle. Il y a aussi – surtout – des anonymes, comme ce couple de métropolitains, venu tôt ce matin pour une dédicace. Et aussi des Martiniquais modestes, jeunes ou vieux admirateurs de « papa Césaire », qui attendent patiemment dans l’antichambre. « Ce sont des amis. Ils me parlent de leurs problèmes… dit en nous accueillant l’écrivain, des problèmes auxquels je n’ai moi-même pas de réponse ! »
L’écrivain arbore son éternel costume-cravate impeccable, à l’élégance surannée. Derrière ses grandes lunettes rondes et dorées, pointent, comme deux billes rondes, des yeux soucieux qui scrutent avec difficulté la silhouette du visiteur. Sous le cheveu ras et neigeux, la peau anthracite de son visage est tendue comme un cuir, et rajeunit le poète de dix ou quinze ans. Face à ses hôtes arrivant pétris d’admiration, les bras chargés de compliments, le malicieux vieillard a mis au point une technique assez efficace, l’esquive, qu’on dirait empruntée au compère lapin, le héros rusé des contes créoles… Le journaliste intrépide ou ingénu veut-il brasser une fois encore le siècle avec le grand homme, confronter son œuvre et sa vie à l’histoire de la Martinique, de la France, du monde ? « Monsieur, votre projet m’épouvante ! » lance-t-il chaque fois avec autant de malice que de courtoisie.
Pour déjouer ce piège affectueux, il est temps d’avouer une botte secrète : notre compagnon de voyage, Daniel Maximin, nous sert de guide ce matin-là. Ami et confident d’Aimé Césaire, Daniel Maximin est non seulement un connaisseur hors pair de l’œuvre de son maître, mais poète et romancier lui-même : il vient de publier Les Fruits du cyclone (éd. du Seuil), une « géopoétique » de la Caraïbe, réflexion érudite sur l’identité antillaise. Né en Guadeloupe, il y a cinquante-neuf ans, Daniel Maximin a d’ailleurs trouvé l’une des plus justes définitions des Antilles françaises, filles de quatre cents ans d’esclavage et de colonisation : « tellement de blessures, en si peu de géographie ».
« Très bonne formule. Je la retiens ! » goûte Aimé Césaire, qui exècre « l’exotisme » de carte postale dont sa Martinique, entre plages et cocotiers, est si souvent parée. « Exotisme ? c’est le mot français. Mais pour moi, mon pays n’est pas “exo”, “en dehors de”… C’est l’intérieur que je cherche ! » s’exclame le poète, qui, d’André Breton à André Malraux, a toujours pris soin de dessiller les yeux de ses visiteurs, leur faisant apercevoir « le grand phénomène humain » martiniquais, au-delà de l’exubérance végétale et de la « splendeur solaire » de son île : « La Martinique paraît belle, sereine, même joyeuse… mais il y a, au fond, une inquiétude, une douleur, que pour ma part je considère comme la nostalgie de quelque chose. J’ai voulu trouver la nature de cette nostalgie, et tout mon effort politique a été de prendre ça en compte. Autrement dit, j’ai toujours été hanté par l’idée d’une identité antillaise… Il y a une civilisation française autour de laquelle nous ne nous retrouvons pas pleinement. Elle n’a pas été faite pour nous. Liberté ? Oui. Egalité ? A peu près. Fraternité ? Difficile à réaliser. Mais il y a un mot qui est oublié : le mot identité. »
« Un nègre de la campagne », dit affectueusement Daniel Maximin pour définir son vieil ami. Les racines d’Aimé Césaire, né à Basse-Pointe, dans le nord de l’île, plongent effectivement dans la verte campagne des petites gens, des sans-grade. Une mère couturière, un père petit fonctionnaire. Dans cette famille modeste, où l’éducation a toujours été considérée comme une valeur sacrée, c’est « maman Nini », la grand-mère d’Aimé, une maîtresse femme, qui lui apprend à lire.
Quand la famille Césaire s’installe à Fort-de-France, Aimé a une dizaine d’années. Plus tard, au lycée Victor-Schœlcher, où il accumule les prix de français, de latin et d’anglais, il se sent déjà à l’étroit dans cette société coloniale corsetée, seul et mal à l’aise dans cette petite France où les maîtres blancs et mulâtres sont racistes et arrogants : « Un monde de petits-bourgeois qui m’a beaucoup irrité, se souvient encore aujourd’hui l’écrivain. Un monde qui n’avait en réalité qu’une idée : l’européanisation. Ce qu’ils appellent l’assimilation... »
Sa révolte, il va la baptiser « négritude ». Ce néologisme, inventé dès les années 30, dans la revue L’Etudiant noir, est en fait une création collective élaborée avec ses deux compagnons d’études, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon-Gontran Damas. La négritude, qui a été souvent mal comprise, n’a jamais été une idéologie. Pas même une célébration d’un mythique retour aux sources africaines. Ce n’est pas l’Afrique que cherchait Césaire : il a attendu 1961 pour en fouler le sol et il y est retourné peu souvent. Non, la négritude de Césaire n’est rien d’autre qu’une plongée en lui-même. Une exploration de sa peau noire, de son « moi profond » et de la culture de ses ancêtres.
Cette quête ne s’est pas faite sans douleur, comme en témoigne l’extraordinaire Cahier d’un retour au pays natal (éd. Présence africaine), ce monument de 65 pages. L’œuvre fondatrice du poète. Aimé Césaire a une vingtaine d’années quand il écrit ce sublime cri de révolte, poème lyrique contre les « larbins de l’ordre et les hannetons de l’espérance ». Le jeune boursier, l’enfant des colonies projeté dans le Paris des lettres, au lycée Louis-le-Grand puis à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, hurle sa soif de justice et de dignité : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. » Mais, chez le jeune et impétueux Césaire, jamais de haine envers les « Blancs ». Seulement un refus obstiné de l’assimilation, ce venin qui dissout la personnalité : « J’ai senti très vite que je n’étais pas un Européen, que je n’étais pas non plus un Français, mais que j’étais un Nègre. C’est tout. Ce n’est pas plus compliqué que ça » (1).
Nègre né dans une « calebasse », dans une Martinique-confetti, au milieu de l’océan : l’histoire et la géographie lui ont vite fait comprendre qu’il allait grandir du côté des vaincus. « Nous ramassions des injures pour en faire des diamants », disait magnifiquement René Ménil, le cofondateur avec Césaire de la revue culturelle Tropiques. Une publication iconoclaste qui brillait dans la nuit noire des années 40, dans la Martinique de l’amiral Robert, le « Pétain des Antilles ».
Comment s’étonner qu’au sortir de la guerre le poète réponde alors à l’appel de la politique ? Quand ses amis communistes le sollicitent pour briguer la mairie de Fort-de-France, Aimé Césaire se souvient de ses racines populaires : « J’avais une dette. […] J’ai donné mon nom un peu comme l’intellectuel qui aujourd’hui signe une pétition pour le peuple kurde » (2). Elu « par hasard », le professeur de français hérite d’une ville sans égouts, entourée de bidonvilles sans eau potable et sans électricité. Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’il restera… cinquante-six ans maire de cette ville et quarante-sept ans député, jusqu’en 1993. Cela a donné forme, pour le meilleur et pour le pire, au « césairisme » : un mélange de gestion sociale, de distribution de prébendes et d’emplois municipaux. Mais de cette trajectoire singulière, on n’oubliera pas non plus la rupture prophétique, dès 1956, avec le Parti communiste français, dans lequel il ne se reconnaît plus. L’homme n’est pas prêt à changer sa peau noire contre un masque blanc. « Nègre fondamental » il restera.
Statufié de son vivant, Césaire ? Certes, il l’est. Et l’universitaire Françoise Vergès a bien raison de prôner « une lecture ni nostalgique ni idolâtre » de son œuvre (3). Dans les années 90, les enfants terribles de Césaire, Patrick Chamoiseau et surtout Raphaël Confiant, avec son essai au vitriol Aimé Césaire, une traversée paradoxale du siècle (éd. Stock, 1993), se sont crus obligés de tuer le père, peut-être pour mieux exister sous l’ombre tutélaire. Leur attaque en règle de la négritude – remplacée par le concept de « créolité » et de métissage – était, il est vrai, loin d’être stérile. Césaire, qui ne veut pas entretenir la polémique, a peut-être deviné là, en creux, le plus bel hommage. Celui d’être toujours vivant pour les jeunes générations, alors qu’il n’a pas publié depuis de très longues années : « J’écris très peu, je suis très fatigué. J’ai, en plus, la difficulté de lire », nous confie à regret le poète, qui soutient difficilement une longue conversation. Césaire, Fanon, Glissant, Chamoiseau, Confiant… Incroyable marmite de talents que cette petite Martinique de 400 000 habitants !
Aimé Césaire traverse ainsi le crépuscule de sa vie tel un monstre sacré, entré de son vivant dans la grande histoire. Dégagé des responsabilités, il sait aussi redescendre dans l’arène quand il le faut, pour remettre les pendules à l’heure. Et avec quelle force ! En décembre dernier, avec un calme olympien, il a cloué le bec à Nicolas Sarkozy et aux tenants de la loi de février 2005 sur la « colonisation positive ». En refusant de recevoir le ministre de l’Intérieur, le poète a grandement aidé la fronde qui montait : le président de la République a dû finalement capituler et revenir, dans le dos du Parlement, sur cette loi qui prétendait dire comment enseigner l’histoire. Colonisation positive ? Lisez ce qu’écrivait Aimé Césaire en… 1955 dans son fameux Discours sur le colonialisme (éd. Présence africaine), malheureusement toujours d’actualité : « On me parle de progrès, de “réalisations”, de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées… » Et ceci, encore : « Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir, au sens propre du mot, à le dégrader […] et montrer que chaque fois qu’il y a au Vietnam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe […], il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement. »
Tribun ou poète, Aimé Césaire n’a jamais voulu choisir. Ses pamphlets sont parfois poétiques, ses poèmes souvent politiques. La cohérence, il faut la chercher dans le parcours de cet homme. Inébranlable dans ses convictions. Eruptif, comme les volcans qu’il aime tant. Explosif, comme la montagne Pelée de son île natale. Explosion, c’est d’ailleurs le mot qu’il a souvent employé pour dire poésie : « Le monde dans lequel nous vivons est un monde menteur. Mais il y a un être en nous qui est là, il faut le trouver, le chercher, et lui permettre de s’exprimer. C’est la poésie qui m’a permis ça. Je ne sais pas exactement ce que je pense, et d’un coup c’est le poème qui me le révèle. Elle est là, l’explosion… »
On l’imagine fort et indéracinable comme un banian, le chêne des Antilles. Aimé Césaire esquisse un sourire. Il se verrait plutôt aujourd’hui en « laminaire », cette algue ballottée sous l’eau mais, surtout, accrochée fidèlement à son rocher, « et que rien ne peut enlever ». Césaire, le laminaire ? Voilà qui tranche avec le « nègre de la campagne » qui a toujours tourné le dos à la mer, apeuré par la vague menaçante de l’Atlantique qui ravage la côte et noie les hommes.
« La complexité humaine… » soupire le maître, qui, maudissant ses maux de tête, met fin en douceur à l’entretien, en s’excusant. Dans le grand escalier tournant du théâtre, le laminaire disparaît, à pas lents, arc-bouté à la rambarde de l’escalier, repoussant la main de sa secrétaire venue lui prêter assistance.
- - -
Thierry Leclère (envoyé spécial à Fort-de-France)
(1) Aimé Césaire, rencontre avec un nègre fondamental, de Patrice Louis, éd. Arléa, 2004.
(2) Le Nouvel Observateur, 1er février 2001.
(3) Nègre je suis, nègre je resterai, entretiens avec Françoise Vergès, éd. Albin Michel, 2005.
A LIRE :
Poésie : le recueil Moi, laminaire, éd. du Seuil, 1982 ; La Poésie, éd. du Seuil, 2006.
Théâtre : La Tragédie du roi Christophe, 1963 ; Et les chiens se taisaient, 1956, éd. Présence africaine.
A ECOUTER :
Aimé Césaire, chanté avec talent par Gérard Pitiot, au milieu d’autres poésies afro-caribéennes : Chants pirogue, Productions spéciales.
*H, peut-être, H, bien sûr, H qui sur son propre blog a déjà tout dit, et bien mieux que moi; mais si je commence à parler publiquement de H, K va nous piquer une crise.
Depuis hier, impossible d'utiliser le programme Adobe acrobat reader (version 8, je crois). Ca me met que l'ordinateur ne peut pas l'ouvrir, ou qu'il me manque un élément, ou je ne sais quoi encore.
Pourtant, je n'ai touché à rien.
Le pire, c'est que lorsque j'essaie de désinstaller le programme, pour tenter de le réinstaller ensuite, ça ne marche pas non plus: mon diable d'ordi refuse et de faire fonctionner ce programme et de le supprimer.
C'est d'autant plus fâcheux que j'ai vraiment besoin de ce programme pour consulter des document pdf, de plus en plus nombreux dans mon boulot!
Bref, c'est vraiment la galère, là!
Alors, si d'aventure un génie de l'informatique passait par là et pouvait me donner la solution, ce serait vraiment très sympa - et surtout vraiment très utile!
Autant j'éprouve le plus pur mépris pour Villepin, qui représente pour moi, avec Martinon et Balladur, à peu près tout ce que je méprise déteste*, autant je suis aujourd'hui bien obligé de reconnaître que c'est le seul dont les propos, à la mort d'Aimé Césaire, me semblent avoir un peu de tenue, un peu de sens. Car pour le reste, Ségolène et Chirac en tête, bon sang, que tout cela me semble affligeant!
Les énarques représentent aujourd'hui l'élite de la nation: soit. Ils nous encsodom aiment à sec et sans capote - soumettons-nous. Mais qu'ont-ils en plus besoin de parler de poésie? Et notamment tous ceux qui, au quotidien, foulent au pied toutes les valeurs, toutes les idées que Césaire a défendu tout au long de sa vie?
Non, que ces gens se contentent de nous appauvrir, de nous désenchanter, de nous désespérer, de nous humilier, qu'ils continuent à nous déshumaniser, dans une société ou dans un monde où une rollex a de la valeur et où l'on va dépenser 92 euros pour se faire couper les cheveux; que ces énarques, disais-je, continuent de mépriser le petit peuple et de piétiner, en croquant des petits fours, la notion de république - mais que, de grâce, de grâce, ils laissent aux chiens gâleux dont je suis la poésie - qui n'est de toute façon pas productive, pas "bankable", dirait cette poissonnière de Seigner.
Césaire est mort. C'est regrettable (bon, en même temps, faut bien mourir un jour, hein) mais foutez-nous la paix, les énarques, les politiques, vous tous. Allez donc vous baffrer dans je ne sais quel restaurant hip dont je ne connais même pas le nom, faites tourner Boutin ou défoncez-vous à la coke, comparez vos costumes à trois cents euros mais, de grâce, de grâce, quand il est mort le poète, abstenez-vous, vous les Sarkozy, les Chirac, les Albanel, d'ouvrir vos gueules. Contentez-vous d'ouvrir vos portefeuilles.
* Je synthétise, bien sûr, car la liste est longue: je devrais en fait citer tant et tant, et en premier lieu, bien sûr, ce petit rat de Mégret.
En allant cette nuit (oui, car c'est les vacances) traînasser sur un site d'hommes qui aiment les hommes, j'ai trouvé cette photo qui me semble assez bien me représenter, cette année.
En passant, et pour revenir sur un post effacé, je ne sais toujours pas si j'ai envie d'aller cet été en vacances au Maroc avec H, H alias I, ni au Maroc, ni avec H, H alias I (cette histoire, c'est La Goutte d'or à l'envers), ni quoi que ce soit... ou rien.
"Et voici ceux qui ne se consolent point de n'être pas faits à la ressemblance de Dieu mais du diable, ceux qui considèrent que l'on est nègre comme commis de seconde classe: en attendant mieux et avec possibilité de monter plus haut; ceux qui battent la chamade devant soi-même, ceux qui vivent dans un cul de basse fosse de soi-même; ceux qui se drapent de pseudomorphose fière; ceux qui disent à l'Europe: «Voyez, je sais comme vous faire des courbettes, comme vous présenter mes hommages, en somme, je ne suis pas différent de vous; ne faites pas attention à . ma peau noire : c'est le soleil qui m'a brûlé ».
Et il y a le maquereau nègre, l'askari nègre, et tous les zèbres se secouent à leur manière pour faire tomber leurs zébrures en une rosée de lait frais.
Et au milieu de tout cela je dis hurrah! mon grand-père meurt, je dis hurrah! la vieille négritude progressivement se cadavérise.
Il n'y a pas à dire : c'était un bon nègre.
Les Blancs disent que c'était un bon nègre, un vrai bon nègre, le bon nègre à son bon maître.
Je dis hurrah!
C'était un très bon nègre,
la misère lui avait blessé poitrine et dos et on avait fourré dans sa pauvre cervelle qu'une fatalité pesait sur lui qu'on ne prend pas au collet; qu'il n'avait pas puissance sur son propre destin; qu'un Seigneur méchant avait de toute éternité écrit des lois d'interdiction en sa nature pelvienne; et d'être le bon nègre; de croire honnêtement à son indignité, sans curiosité perverse de vérifier jamais les hiéroglyphes fatidiques.
C'était un très bon nègre
et il ne lui venait pas à l'idée qu'il pourrait houer, fouir, couper tout, tout autre chose vraiment que la canne insipide
C'était un très bon nègre.
Et on lui jetait des pierres, des bouts de ferraille, des tessons de bouteille, mais ni ces pierres, ni cette ferraille, ni ces bouteilles ...
O quiètes années de Dieu sur cette motte terraquée .
et le fouet disputa au bombillement des mouches la rosée sucrée de nos plaies.
Je dis hurrah! La vieille négritude
progressivement se cadavérise
l'horizon se défait, recule et s'élargit
et voici parmi des déchirements de nuages fulgurance d'un signe
le négrier craque de toute part... Son ventre se convulse et résonne ... L'affreux ténia de sa cargaison ronge les boyaux fétides de l'étrange nourrisson des mers!
Et ni l'allégresse des voiles gonflées comme une poche de doublons rebondie, ni les tours joués à la sottise dangereuse des frégates policières ne l'empêchent d'entendre la menace de ses grondements intestins
En vain pour s'en distraire le capitaine pend à sa grand'vergue le nègre le plus braillard ou le jette à la mer, ou le livre à l'appétit de ses molosses
La négraille aux senteurs d'oignon frit retrouve dans son sang répandu le goût amer de la liberté
Et elle est debout la négraille
la négraille , assise
inattendument debout
debout dans la cale
debout dans les cabines
debout sur le pont
debout dans le vent
debout sous le soleil
debout dans le sang
debout
et
libre
debout et non point pauvre folle dans sa liberté et son dénuement maritimes girant en la dérive parfaite et la voici :
plus inattendument debout
debout dans les cordages
debout à la barre
debout à la boussole
debout à la carte
debout sous les étoiles
debout
et
libre
et le navire lustral s'avancer impavide sur les eaux écroulées.
Et maintenant pourrissent nos flocs d'ignominie!
par la mer cliquetante de midi
par le soleil bourgeonnant de minuit
écoute épervier qui tiens les clefs de l'orient par le jour désarmé
par le jet de pierre de la pluie
écoute squale qui veille sur l'occident
écoutez chien blanc du nord, serpent noir du midi
qui achevez le ceinturon du ciel
Il y a encore une mer à traverser
oh encore une mer à traverser
pour que j'invente mes poumons
pour que le prince se taise
pour que la reine me baise
encore un vieillard à assassiner
un fou à délivrer
pour que mon âme luise aboie luise aboie aboie aboie
et que hulule la chouette mon bel ange curieux.
Le maître des rires?
Le maître du silence formidable?
Le maître de l'espoir et du désespoir?
Le maître de la paresse? Le maître des danses?
C'est moi!
et pour ce, Seigneur
les hommes au cou frêle
reçois et perçois fatal calme triangulaire
Et à moi mes danses
mes danses de mauvais nègre
à moi mes danses
la danse brise-carcan la danse saute-prison
la danse il-est-beau-et-bon-et-légitime-d'être-nègre
A moi mes danses et saute le soleil sur la raquette
de mes mains
mais non l'inégal soleil ne me suffit plus
enroule-toi, vent, autour de ma nouvelle croissance
pose-toi sur mes doigts mesurés
je te livre ma conscience et son rythme de chair
je te livre les feux où brasille ma faiblesse
je te livre le chain-gang
je te livre le marais
je te livre l'intourist du circuit triangulaire dévore vent
je te livre mes paroles abruptes dévore et enroule-toi
et t'enroulant embrasse-moi d'un plus vaste frisson
embrasse-moi jusqu'au nous furieux
embrasse, embrasse NOUS
mais nous ayant également mordus
jusqu'au sang de notre sang mordus!
embrasse, ma pureté ne se lie qu'à ta pureté
mais alors embrasse
comme un champ de justes filaos
le soir
nos multicolores puretés
et lie, lie-moi sans remords
lie-moi de tes vastes bras à l'argile lumineuse
lie ma noire vibration au nombril même du monde lie,
lie-moi, fraternité âpre
puis, m'étranglant de ton lasso d'étoiles
monte, Colombe
monte
monte
monte
Je te suis, imprimée en mon ancestrale cornée blanche.
monte lécheur de ciel
et le grand trou noir où je voulais me noyer l'autre lune
c'est là que je veux pêcher maintenant la langue maléfique de la nuit en son immobile verrition!"
Aimé Césaire, (les dernières lignes du)Cahier d'un retour au pays natal, éd. Présence Africaine, 1983 pour la présente édition
" À trente ans, Ophélie Labourette supplantait dans la hideur et la disgrâce les culs de cynocéphales les plus tourmentés. Elle était intensément laide de visage et de corps, et le plus naturellement du monde, c'est-à-dire sans que jamais le moindre camion ne l'eût emboutie, ni qu'un seul virus à séquelles déformantes n'y creusât jamais ses ravages. Elle était vilaine par la grâce de Dieu, marquée à vie au saut de l'utérus. " (La suite est ici )
Pierre Desproges, "La belle histoire du crapaud-boudin"
Je le savais. Je le savais! C'est une véritable malédiction, de la sorcellerie, de la magie noire ou blanche: quand on met le nez dans Desproges, si je puis dire, on a envie de tout relire, et de tout citer! De tout offrir, aussi. Depuis quinze jours, j'ai déjà offert trois de ses intégrales à des proches.
Passons. "La belle histoire du crapaud-boudin" est de ces textes qui me font hurler de rire, oserai-je le dire, à me rouler par terre. Et puis, quel autre humoriste que Desproges pourrait bien utiliser dans un sketch ou dans un texte l'adjectif "inextinguible"?
Note à toi, improbable lecteur: tu apprécieras, avec bienveillance et bonhomie, le nom que Desproges choisit de donner à la fée...
À trente ans, Ophélie Labourette supplantait dans la hideur et la disgrâce les culs de cynocéphales les plus tourmentés. Elle était intensément laide de visage et de corps, et le plus naturellement du monde, c'est-à-dire sans que jamais le moindre camion ne l'eût emboutie, ni qu'un seul virus à séquelles déformantes n'y creusât jamais ses ravages. Elle était vilaine par la grâce de Dieu, marquée à vie au saut de l'utérus.
Jaillissant de sa tête en poire cloutée de deux globules aux paupières à peine ouvrables, elle imposait un pif grumeleux, patatoïde et rouge vomi, qu'un duvet noir d'adolescent ingrat séparait d'une fente imprécise qui pouvait faire illusion et passer pour une bouche aux moments de clapoter.
Autour de ce masque immettable, elle entretenait toute une chignonnerie de poils à balai de crin qui se hérissaient sur les tempes au temps chaud pour cacher en vain les pavillons de détresse de ses oreilles boursouflées dont seule la couleur, identique à celle du nez, apportait un semblant d'harmonie, au demeurant regrettable, à cette informité.
Le corps était, si l'on peut dire, à l'avenant. Court et trapu, sotte¬ment cylindrique, sans hanches ni taille, ni seins, ni fesses. Une histoire ratée, sans aucun rebondissement. De ce tronc morne s'étiraient quatre branches maigrelettes, précocement parcheminées et flasques, endeuillées par endroits d'un pelage incertain. Les membres inférieurs, plus particulièrement, insultaient le regard. N'était leur position dans l'espace (l'une au-dessus de l'autre) rien ne permettait de discerner la jambe de la cuisse. L'une et l'autre, affûtées dans le même moule à bâtons, s'articulaient au milieu par la protubérance insolite d'un galet rotulien trop saillant. Un trait, un point, un trait, c'étaient des jambes de morse. Moins affriolantes que bien des prothèses. Avec, pour seul point commun avec les jambes des femmes, une certaine aptitude à la marche.
La Providence, dans un de ces élans sournois de sa méchanceté gratuite qui l'incite à faire éclore les plus belles roses sur les plus écœurants fumiers, avait cru bon d'égarer, au milieu de toute cette bassesse, une perle rare d'une éclatante beauté. Ophélie Labourette avait une voix magnifique. Déjà, quand elle parlait, il s'en évadait des sons surprenants, veloutés dans l'aigu, claquant dans les graves, une voix qui portait loin sans qu'elle eût jamais à la pousser et qui, même assourdie pour les confidences, écrasait superbement alentour les plus égosillés caquetages, réduisant les plus amples tonitruances viriles en braiments aphones. Quand elle chantait, le rossignol, confus, s'éteignait. Son chant brisait les autres chants. Près de lui, les chœurs de basses devenaient aboiements polyphoniques, et les voix cristallines, filets de vinaigre.
Si Ophélie Labourette était née très sotte, ou aveugle, un jury particulièrement doué de mansuétude aurait pu accorder à Dieu des circonstances atténuantes que Lui-même, dans l'arrogant égocentrisme de son infinie sagesse, refusa naguère au docteur Frankenstein. Mais Dieu est un salaud. Fignoleur dans le sadisme comme peu de bourreaux des camps, il avait imaginé de doter sa créature d'une âme d'artiste sensible et raffinée que soutenait un esprit vif et brillant. Enfin, content de lui comme un grand chef pâtissier au moment de poser l'ultime cerise rouge au sommet de la pièce montée, Dieu avait mis au cœur d'Ophélie Labourette une petite perle, brillante et noire, indestructible, irradiant sans fin, de ce corps grotesque, la douleur crissante et pointue d'une inextinguible jalousie.
Bref, et pour tout dire, cette immondice sur pattes comme peu de poètes sensible à la beauté des choses et à l'harmonie des formes, se mourait de haine pour tout ce qu'elle aimait, et vivait dans l'espoir exécrable du pourrissement des anges.
Un jour de rouge automne, alors qu'elle cachait ses détresses au fond d'une forêt noire, Ophélie Labourette rencontra dans un sentier caillouteux un gros crapaud dégueulasse qui coassait par là.
- Vous semblez bien triste, mademoiselle, lui dit-il.
- C'est que je suis épouvantable, monsieur le crapaud. Je donnerais tout au monde pour quitter ce corps contrefait et cette tête repoussante et me changer de peau.
- Je peux quelque chose pour vous, dit encore le crapaud. Figurez¬-vous que je suis une fée ravissante victime du mauvais sort sur moi jeté par la fée Ladurasse. Seul un baiser sur mon dos pustuleux pourra me rendre mon apparence première. Si vous me donnez ce baiser, mademoiselle, j'exaucerai votre vœu.
Aguerrie à tous les écœurements - elle se voyait dans la glace tous les jours -, Ophélie Labourette n'hésita pas un instant. Elle porta le crapaud à sa bouche et lui baisa le dos.
Aussitôt, le batracien se fit fée, superbe, avec des traits diaphanes, des grâces de ballerine et une baguette étoilée dont elle toucha l'épaule d'Ophélie Labourette en disant:
- Abracadabra. J'ordonne que cette femme quitte ce corps contre¬fait et cette tête repoussante et qu'elle change de peau.
C'est ainsi qu'Ophélie Labourette se retrouva d'un coup métamorphosée en crapaud.
Quant à ces féroces soldats, je le dis, c'est pas pour cafter, mais y font rien qu'à mugir dans nos campagnes.
Pierre Desproges, "La belle histoire du crapaud-boudin", in Chronique de la haine ordinaire, chronique du 28 mai 1986 (in Tout Desproges, pp.504-506)
Ainsi que je le disais dans mon post précédent, il m’est toujours apparu que faisaient un terrible contresens ceux qui, croyant citer Desproges, nous affirmaient, sans l’avoir jamais lu mais avec assurance et suffisance, « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui » - ou la variante « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde ».
Car à ma connaissance, Desproges n’a jamais dit ça, et en tout cas pas dans Les Réquisitoires.
Alors, quoi ? Eh bien, ceci, soit deux questions distinctes :
- « Premièrement, peut-on rire de tout ?
- Deuxièmement, peut-on rire avec tout le monde ? C'est dur… »
La belle affaire, me rétorquera-t-on, agacé ou apitoyé : quelle différence ?
N’importe quel petit prof de collège vous le dira, avant même de lire le texte, ou d’étudier le message, il convient d’analyser la situation d’énonciation. Or, ici, quelle est-elle ? Desproges, amuseur public qui a l’habitude de vanner à propos de tout et de n’importe quoi, en pratiquant ce que l’on appelait encore alors le second degré et parfois l’humour noir, Desproges, disais-je, qui bosse sur France Inter dans une émission destinée à faire rire, où il reçoit chaque jour un invité qu’il n’a pas choisi, pour jouer les procureur et faire
son réquisitoire, doit un jour accueillir Le Pen – ce leader d’extrême-droite qui, rappelons-le, en 1982, nommait en privé Hitler « Tonton Adolf » et n’hésitait pas à estimer que celui-ci avait été, en terme d’extermination des Juifs, un risible amateur*.
Ce jour-là, Desproges doit donc rire avec… ça. Et toute la différence est là.
Ce qui me gêne, chez tous ces gens qui convoquent Desproges à tort et à travers, c’est qu’ils semblent l’utiliser pour justifier leur bêtise ou leur médiocrité. « On peut rire de tout mais pas avec tout le monde » : entendons, si tu ne ris pas à ma vanne, c’est que tu es trop bête pour la comprendre. Autrement dit, je suis trop fin pour être compris du vulgum pecus. A partir de quoi, je peux dire en toute impunité n’importe quelle saloperie – puisque c’est l’autre, en fait, qui est en tort, qui ne comprend pas, l’humour ou le second degré.
C’est sympa, c’est pratique… mais ce n’est pas ce que disait Desproges, ce jour-là. Il n’est qu’à, relire pour contextualiser son propos, ce qui précède cette fameuse phrase que tout le monde cite et qu’il n’a jamais dite:
»Alors le rire, parlons-en et parlons-en aujourd'hui, alors que notre invité est Jean-Marie Le Pen. Car la présence de Monsieur Le Pen en ces lieux voués le plus souvent à la gaudriole para-judiciaire pose problème. »
Et puis ceci :
« Personnellement, il m'arrive de renâcler à l'idée d'inciter mes zygomatiques à la tétanisation crispée. C'est quelquefois au-dessus de mes forces, dans certains environnements humains : la compagnie d'un stalinien pratiquant me met rarement en joie. Près d'un terroriste hystérique, je pouffe à peine et, la présence, à mes côtés, d'un militant d'extrême droite assombrit couramment la jovialité monacale de cette mine réjouie dont je déplore en passant, mesdames et messieurs les jurés, de vous imposer quotidiennement la présence inopportune au-dessus de la robe austère de la justice sous laquelle je ne vous raconte pas. »
Ainsi donc, il me semble, à moi, que ce que dit Desproges dans ce sketch, et loin de justifier les propos les plus beaufs ou les plus idiots, c’est ceci : malgré ma profession et mon fond de commerce qui me poussent à dire tout et n’importe quoi, malgré ma tendance au cynisme et mon goût de l’humour noir, je ne peux pas rire avec n’importe qui – entendons, je ne peux pas rire avec ceux dont je trouve les idées ou les positions particulièrement abjectes. A quoi l’homme de mots et le noir que je suis ajoutera, à l’intention de son camarade Demis, par exemple : non, non, non, il y a un degré d’abjection à partir de quoi je ne peux pas laisser n’importe qui dire n’importe quoi.
Desproges qui, soit dit en passant, bien avant le fameux jugement de Nancy, se permet de traiter, ouvertement, Le Pen de raciste et de fasciste.
Mais bon, passons, et revenons à nos moutons inconséquents citeurs. La présence de Le Pen au « Tribunal des flagrants délires » met, ce me semble, Desproges face à ses propres limites : ça l’oblige soudain à reconnaître qu’il est, malgré tout, un type honnête, un type bien. Rien à voir avec l’incrimination si facile du destinataire – de l’autre.
Mais bon, cessons de dire ou plutôt d’essayer de dire bien maladroitement les choses, et laissons, bien plutôt, parler Maître Pierre
Pour d’obscures raisons, on n’arrive pas à trouver sur le net l’intégralité du sketch. Pourtant, la fin me semble aussi assez éloquente. Alors je renvoie ici au texte, dont la fin me semble particulièrement intéressante.
* On notera la réaction de Le Pen qui, en 1982, ne représente pas encore grand-chose et qui, donc, n’hésite pas à rire de bon cœur à toutes les vacheries que lui balance Desproges – preuve qu’il assume son abjection.
Réquisitoire contre Jean-Marie Le Pen
par Pierre Desproges - 28 septembre 1982
Françaises, Français,
Belges, Belges,
Extrémistes, Extrémistes,
Mon président français de souche,
Mon émigré préféré,
Mesdames et Messieurs les jurés,
Mademoiselle Le Pen, mademoiselle Le Pen,
Mademoiselle Le Pen, madame Le Pen,
Public chéri, mon amour.
Comme j'ai eu l'occasion de le démontrer, ici même, récemment, avec un brio qui m'étonne moi-même malgré la haute estime en laquelle je me tiens depuis que je sais qu'il coule en mes veines plus de 90 % de sang aryen et, moins de trois grammes de cholestérol, les débats auxquels vous assistez ici, quotidiennement, mesdames et messieurs, ne sont pas ceux d'un vrai tribunal. En réalité, je le répète, ceci est une émission de radio. Qui pis est, une émission de radio dite comique. Ou au moins qui tente de l'être.
Alors le rire, parlons-en et parlons-en aujourd'hui, alors que notre invité est Jean-Marie Le Pen. Car la présence de Monsieur Le Pen en ces lieux voués le plus souvent à la gaudriole para-judiciaire pose problème. Les questions qui me hantent, avec un H comme dans Halimi sont celles-ci :
Premièrement, peut-on rire de tout ?
Deuxièmement, peut-on rire avec tout le monde ?
A la première question, je répondrai oui sans hésiter, et je répondrai même oui, sans les avoir consultés, pour mes coreligionnaires en subversions radiophoniques, Luis Rego et Claude Villers.
S'il est vrai que l'humour est la politesse du désespoir, s'il est vrai que le rire, sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s'il est vrai que ce rire-là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors, oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout. De la guerre, de la misère et de la mort. Au reste, est-ce qu'elle se gêne, elle, la mort, pour se rire de nous ? Est-ce qu'elle ne pratique pas l'humour noir, elle, la mort ? Regardons s'agiter ces malheureux dans les usines, regardons gigoter ces hommes puissants boursouflés de leur importance, qui vivent à cent à l'heure. Ils se battent, ils courent, ils caracolent derrière leur vie, et tout d'un coup, ça s'arrête, sans plus de raison que ça n'avait commencé et, le militant de base, le pompeux PDG, la princesse d'opérette, l'enfant qui jouait à la marelle dans les caniveaux de Beyrouth, toi aussi à qui je pense et qui a cru en Dieu jusqu'au bout de ton cancer, tous, nous sommes fauchés, un jour, par le croche-pied de la mort imbécile et les droits de l'homme s'effacent devant les droits de l'asticot. Alors, qu'elle autre échappatoire que le rire, sinon le suicide ? Poil aux rides ?
Donc, on peut rire de tout, y compris de valeurs sacrées, comme par exemple, le grand amour que vit actuellement le petit roi inamovible de la défense passive, ici présent. Elle s'appelle Marika, c'est la seule aryenne qu monde qui peut le supporter, ce qu'on comprendra aisément quand on saura qu'il s'agit de la poupée gonflable et peau de morue suédoise que sa tata Rodriguez lui a envoyé de Lisbonne en paquet fado.
Deuxième question : peut-on rire avec tout le monde ?
C'est dur… Personnellement, il m'arrive de renâcler à l'idée d'inciter mes zygomatiques à la tétanisation crispée. C'est quelquefois au-dessus de mes forces, dans certains environnements humains : la compagnie d'un stalinien pratiquant me met rarement en joie. Près d'un terroriste hystérique, je pouffe à peine et, la présence, à mes côtés, d'un militant d'extrême droite assombrit couramment la jovialité monacale de cette mine réjouie dont je déplore en passant, mesdames et messieurs les jurés, de vous imposer quotidiennement la présence inopportune au-dessus de la robe austère de la justice sous laquelle je ne vous raconte pas. Attention, ne vous méprenez pas sur mes propos, mesdames et messieurs les jurés : je n'ai rien contre les racistes, c'est le contraire, comme dirait mon ami le brigadier Georges Rabol qui, je le précise à l'intention des auditeurs qui n'auraient pas la chance d'avoir la couleur, est presque aussi nègre que pianiste. Dans Une journée particulière, le film d'Ettore Scola, Mastroianni, poursuivi jusque dans son sixième par les gros bras mussoliniens, s'écrie judicieusement à l'adresse du spadassin qui l'accuse d'anti-fascisme : "Vous vous méprenez, monsieur : ce n'est pas le locataire du sixième qui est anti-fasciste, c'est le fascisme qui est anti-locataire du sixième."
"Les racistes sont des gens qui se trompent de colère", disait, avec mansuétude, le présidant Senghor, qui est moins pianiste, mais plus nègre que Georges Rabol. Pour illustrer ce propos, je ne résiste pas à l'envie de vous raconter une histoire vraie, monsieur Le Pen, cela nous changera des habituelles élucubrations névropathiques inhérentes à ces regrettables réquisitoires.
Je sortais récemment d'un studio d'enregistrement, accompagné de la pulpeuse comédienne Valérie Mairesse avec qui j'aime bien travailler, non pas pour de basses raisons sexuelles, mais parce qu'elle a des nichons magnifiques.
Nous grimpons dans un taximètre sans bien nous soucier du chauffeur, un monotone quadragénaire de type romorantin, couperosé de frais, et poursuivons une conversation du plus haut intérêt culturel, tandis que le taxi nous conduit vers le Châtelet. Mais, alors que rien ne le laissait prévoir et, sans que cela ait le moindre rapport avec nos propos, qu'il n'écoutait d'ailleurs pas, cet homme s'écrie soudain :
"Eh bien moi, les Arabes, j' peux pas les saquer."
Ignorant ce trait d'esprit sans appel, ma camarade et moi continuons notre débat. Pas longtemps. Trente secondes plus tard, ça repart :
"Les Arabes, vous comprenez, c'est pas des gens comme nous. Moi qui vous parle, j'en ai eu comme voisins de palier pendant trois ans. Merci bien. Ah, les salauds ! Leur musique à la con, merde. Vous me croirez si vous voulez, c'est le père qu'a dépucelé la fille aînée ! ça, c'est les Arabes."
Ce coup-ci, je craque un peu et dis :
"Monsieur, je vous en prie, mon père est arabe.
- Ah Bon ? Remarquez, votre père, je dis pas. Il y en a des instruits. On voit bien que vous êtes propre et tout. D'ailleurs, je vous ai vu à Bellemare."
A l'arrière, bringuebalés entre l'ire et la joie, nous voulons encore ignorer. Las ! La pause est courte :
"Oui, votre père je dis pas. Mais alors, les miens d'Arabes, pardon. Ils avaient des poulets vivants dans l'appartement et ils leur arrachaient les plumes rien que pour rigoler. Et la cadette, je suis sûr que c'est lui aussi qui l'a dépucelée. Ça s'entendait. Mais votre père, je dis pas. De toute façon, les Arabes, c'est comme les Juifs. Ça s'attrape que par la mère."
Cette fois-ci, je craque vraiment :
"Ma mère est arabe.
- Ah bon ? La Concorde, à cette heure-là, y a pas moyen. Avance, toi, eh connard ! Mais c'est vert, merde. Retourne dans ton 77 ! Voyez-vous, monsieur, reprend-il, à mon endroit, à mon derrière, voulez-vous que je vous dise ? Il n'y a pas que la race. Il y a l'éducation. C'est pour ça que votre père et votre mère, je dis pas. D'ailleurs, je le dis parce que je Le Pense, vous n'avez pas une tête d'Arabe. Ça c'est l'éducation. Remarquez, vous mettez un Arabe à l'école, hop, y joue au couteau. Et il empêche les Français de bosser. Voilà, 67, rue de la Verrerie, nous y sommes. Ça nous fait trente-deux francs."
Je lui donne trente-deux francs.
"Eh, eh, vous êtes pas généreux, vous alors, et le pourliche !
- Ah, c'est comme ça, me vengeais-je enfin, je ne donne pas de pourboire aux Blancs !"
Alors, cet homme, tandis que nous nous éloignons vers notre sympathique destin, baisse sa vitre et me lance :
"Crève donc, eh, sale bicot."
A moi, qui ai fait ma première communion à la Madeleine !
Voilà, mesdames et messieurs les jurés, voilà un homme qui se trompait de colère. Le temps qui m'est imparti socialiste, mais pas national, c'est toujours ça de pris, ainsi que la crainte de quitter mon nez rouge pour sombrer dans la démonstration politico-philosophique m'empêchent de me poser avec vous la question de savoir si ce chauffeur de taxi était de la race des bourreaux ou de la race des victimes ou les deux ou, plus simplement, de la race importune et qui partout foisonne, celle, dénoncée par Georges Brassens, des imbéciles heureux qui son nés qui sont nés quelque part :
"Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire,
Contre les étrangers tous plus ou moins barbares,
Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre,
Les imbécil's heureux qui sont nés quelque part."
Aussi laisserai-je, maintenant, la parole à mon ami Luis Régo, qui poussa, naguère, ici même, le plus troublant des cris d'alarme : "Les chiffres sont accablants : il y a de plus en plus d'étrangers dans le monde."
Pierre Desproges
[ Les Réquisitoires ont été prononcés par Pierre Desproges (le procureur) sur l'antenne de France Inter dans le cadre de l'émission Le Tribunal des Flagrants Délires, émission imaginée et produite par Claude Villers (le président) et Monique Desbarbat avec Luis Rego (l'avocat). ]
A un mien correspondant, à qui je confiais être depuis dix jours plongé avec délice dans l’intégrale des textes de Desproges, récemment parue au Seuil (cristi, plus de 1400 pages de Desproges, avec des photos et un DVD en bonus, tout ça pour moins de 36 euros : il faudrait être folle pour ne pas courir l’acheter !), j’ai promis de placer sur mon blog un texte extrait de celle-ci, afin de lui faire connaître le divin P.D.
Oui, mais bon : quel ? Car je suis inconditionnel, sinon de Desproges, du moins de ses textes. En effet, Desproges, c’est avant tout une écriture, un style, des phrases dont la construction même peut vous faire hurler de rire et, plus généralement, le seul humoriste avec Devos – le seul humoriste devant Devos – capable de vous faire rire rien qu’en le lisant . Moi, c’est bien simple, quand je déprime, je lis, de préférence à voix haute, soit Racine soit Desproges. On objectera que le premier n’est pas d’un comique désopilant; certes, mais là n’est pas le propos : nous parlons de Desproges.
Mon correspondant me demande : me le recommandez-vous ? Quel texte me conseillez-vous ? Et là, c’est la question piège. Car Desproges, c’est quand même spécial… un type qui semble sans foi ni loi et qui « flingue » tout ce qui bouge ou ne bouge plus. Oui, il faut sans doute avoir un certain humour, entendons une certaine distance critique, pour accepter ses vannes sur les femmes
"Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien. Plus je connais les femmes, moins j’aime ma chienne."Textes de scène
sur les Noirs
"Les étrangers basanés font rien qu’à nous empêcher de dormir en vidant bruyamment nos poubelles dès l’aube alors que, tous les médecins vous le diront, le Blanc a besoin de sommeil."Fonds de tiroir
ou sur les Juifs
"On ne m’ôtera pas de l’idée que, pendant la dernière guerre mondiale de nombreux Juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi."Textes de scène
Ca ne me revient pas immédiatement , mais il a bien dû dire aussi quelques saloperies sur les homos
Cependant, il convient ici de rappeler ce qu'il disait, justement, lors de ce « Réquisitoire des flagrants délires » dont tout le monde se prévaut et que chacun se permet de citer de façon erronée parce que sans doute sans l’avoir lu ou écouté ... vous savez, cette légende selon laquelle Desproges aurait dit « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ». Passons : ce qui m’intéresse, ici, c’est son postulat, ce qu’est pour lui, à l’initiale de chacune de ses phrases, le rire :
» S'il est vrai que l'humour est la politesse du désespoir, s'il est vrai que le rire, sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s'il est vrai que ce rire-là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors, oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout. De la guerre, de la misère et de la mort. Au reste, est-ce qu'elle se gêne, elle, la mort, pour se rire de nous ? »
Il faudrait aussi rappeler, ici, que Desproges était atteint d’un cancer, ce qui le distingue, lorsqu’il vanne sur la maladie ou sur la mort, de tous ces petits comicaillons d’aujourd’hui qui attaquent et « flinguent » l’autre sans se mettre, eux, en question - tout simplement dans un tentative désespérée de masquer leur absence crasse de talent. Non, non, H, H alias I, promis : je ne parlerai pas ici de Deux-Bouses.
« Bref, qu’est-ce que je disais ? » (ça aussi, c’est du Desproges : la digression à n’en plus finir, les parenthèses, les arabesques folles, la pure jubilation du langage. Et c’est sans doute aussi pour ça qu’il me fait tant rire. )
« Bref, qu’est-ce que je disais ? », disais-je. Ah, oui : difficile, donc, de choisir, parmi 1438 pages de Desproges…
Ajoutons que Desproges, pour moi, c’est également des titres que j’aurais voulu trouver : Chronique de la haine ordinaire, « Vivons heureux en attendant la mort - et surtout La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute. Mais bon, là n’est pas la question : le texte, le texte.
Mais quel ? Cristi, pas facile de choisir parmi 1438 pages de Desproges ! Ah, oui: je l'ai déjà dit.
Enfin si, peut-être… Ce soir, j’ai lu sur GA l’article de ce type qui nous raconte être allé dans je ne sais quel salon de coiffure parisien à la mode se faire couper les cheveux pour près de cent euros - cristi : ma tondeuse m’a coûté le quart…je ne comprendrai décidément jamais les homos - et voilà qui me rappelle un texte de Desproges qui n’est pas trop polémique et qui m’a bien fait rire – à propos des coiffeurs. C’est donc celui-ci que je choisirai, en définitive, pour l’édification de mon aimable correspondant.
* * *
Il n'y a pas que la mode que je n'aime pas. Je n’aime pas non plus les chanteurs… enfin, je ne comprends même pas, c’est simple ! Les chanteurs, les olives vertes, la joie dans les yeux d'un enfant, les sportifs, les racistes, les Arabes bien sûr et les mecs qui ferment le bouton du haut de leur polo. Je ne pense pas être emmerdant comme type, mais les mecs qui ferment le bouton de leur polo je ne peux pas ! Et les coiffeurs. De tout mon cœur, de toute mon âme, de toutes mes forces, je hais les coiffeurs.
Comme le pou, le coiffeur est un parasite du cheveu. Non mais vous les avez vus les coiffeurs Faubourg Saint-Honoré ou sur les Champs-Elysées, qui s'habillent en cosmonautes pour couper les cheveux des gens, ca ne va pas non ? C'est aussi con que d'aller sur la Lune avec un peigne derrière l'oreille !
Comme le souligne à l'évidence le morne ordonnancement approximatif de ma coiffure, je ne vais jamais chez le coiffeur. Je me fais couper les cheveux par la mère de mes enfants, ou par les enfants de ma mère, ou par la mère des enfants de n'importe quel con qui a des ciseaux qui coupent mais je ne mets jamais les pieds, et encore moins la tête chez les coiffeurs puisque je vous dis que JE HAIS LES COIFFEURS !
D'abord, j'ai horreur qu'on me tripote la tête par derrière en me racontant des conneries dans le dos ! J'ai horreur qu'un gominé à gourmettes me chahute le cuir chevelu avec ses grosses papattes embagousées aux ongles éclatants de vulgarité manucurale. J'ai horreur qu'un Brummel de bal disco me gerbe dans le cou le crachin postillonnant des réflexions de philosophie banlieusarde que lui inspirent sporadiquement la hausse du dollar, l'anus artificiel du Pape, l'inappétence sexuelle de la petite Grimaldi depuis la mort de sa mère en bagnole, l'agonie de St-Etienne, le déclin de l'Occident, le fibrome de sa femme... pas de la femme de l'Occident... de sa femme à lui, le super merlan néo-romantique de mes deux...., la montée de la violence dans les milieux cosmopolites et puis bien sûr l'indiscipline problématique de la raie de mon quoi ?.....de la raie de mon crâne, allons !
Ah ! J'allais oublier les oscillations du thermomètre, source i-né-pui-sable de commentaires météorologiques vibrant d'incompétence mais très répandus dans les milieux capillicoles. Oui... capillicole du latin capillaris : capilla le poil...et ris on s'en fout ! En tout cas vous savez qu'on ne doit pas dire " je vais AU coiffeur ". On ne dit pas ca. Non, on ne doit pas dire " je vais AU coiffeur " mais on doit dire " je vais AU capilliculteur ".
J'ai même vu une enseigne de capilliculteur biocosméticien. Je vous assure ! La biocosmétique regroupant vraisemblablement l'ensemble des techniques capillicoles consistant à enduire de vaseline la raie de mon quoi ?... La raie, une fois de plus, de mon crâne, voilà ! Et en nocturne comme le son et lumière à Chambord ! On ne se fait plus couper les tifs après la bouffe mais on se rend en séance de consultation de capilliculture biocosméticienne en nocturne.... HE LES MERLANS ! Vous ne croyez pas que vous péter plus haut que la votre de raie ?
Femmes de France, tout à l'heure je vous demandais de ne plus marcher dans la mode, maintenant je vous supplie, n'allez plus jamais chez le coiffeur ! D'abord ça ne sert à rien. Non ça ne sert à rien, réfléchissez une seconde... les Russes arrivent. Bon, dans un mois si tout va bien et si le temps le permet c'est la guerre, d'accord ? Dans cinq ans, c'est la libération que n'attendez-vous donc jusque là pour vous faire tondre ?
Pierre Desproges, Tout Desproges, pp. 562-563 (extrait du spectacle au théatre Fontaine, février 1984)
Je sais, dans le petit monde autotélique homo, je tue il voire je tutu. Je sais. On idolâtre une e-conne dont les trois seuls arguments sont d'avoir des muscles plein partout, le drapeau de l'Algérie tatoué dans le dos (comme, en son temps, Renaud un moineau) et un cul sarkozeiste.
Sot, soit, soit. Mais bon, aujourd'hui, j'ai envie de dire, rien qu'aujourd'hui, sortons un peu des madonnesconneries pour tout simplement, et rien qu'une fois, avoir une petite pensée pour lui, Aimé soudain, et peut-être lui envoyer des ondes positives.
Comme si l'on comprenait enfin que, conscient ou pas, il n'a cessé de parler - de moi, de toi: de nous!
Depuis que je suis tombé, tout à fait par hasard, sur certaine(s) photo(s) de Serena Williams (voir post précédent), je me sens soudain hétérosexuel.
Une telle révélation à trente-sept ans, c'est ballot, quand même, avouez!
Les rares fois où j’essaie de draguoter sur le Net, c'est-à-dire à peu près tous les dix, on me fait la même remarque, ou le même reproche :
- Ouais y’a pas de photo de toi, dans ton profil.
Alors soyons fou : pour une fois, sautons (le pas) et diffusons une photo de nous, qui nous a été récemment envoyé par notre ancien grand pote, Laurent G. dit « Le Laurent G. » (ben oui, chez moi, on parle comme ça) - lequel Laurent G. aime manifestement aller retourner le grenier de ses parents dans l’espoir d’y retrouver des choses improbables et terriblement inintéressantes comme, donc, cette photo, soudainement ressurgie de la fin des années soixante-huit. Et pour cette fois, oui, oui, c’est bien moi, sur la photo.
« Mais où ?», me demandera-t-on, courroucé ou plus certainement lassé. Ben, c’est assez facile, quand même, non.
Allez, un indice : je ne suis pas cet horrible petit rouquin qui fut aussi mon meilleur pote et avec qui j’appris notamment les spécificités masculine, dans la cage du logement de fonction de mes parents qui se trouvait précisément à une dizaine de mètres de cette salle de classe. Ben oui, que voulez-vous, ma bonne dame, jusqu’à l’âge de quatorze ans, j’ai grandi dans une école – ce qui, sans doute, laisse des traces. Mais là n’est pas le propos.
Un autre indice : je portais, comme jusqu’à mes vingt ou vingt-deux ans, un de ces pulls que ma chère grand-mère, à l’énergie terrifiante, et croyant me faire plaisir, s’acharnait à me tricoter au rythme de trois ou quatre par an. Dessous (et si aujourd’hui je m’habille comme un as de pique, on peut comprendre pourquoi) un sous-pull que j’ai par contre brûlé à la puberté, comme d’autres leur soutien-gorge sur les barricades.
En voyant cette photo, H, H alias I, avec ses mots à lui, m’a dit que j’avais une bonne bouille… à l’époque. Moi, en toute honnêteté, je me trouve un air un peu idiot, sur cette photo. En tout, ce qui est manifeste, c’est que je n’étais pas franchement un rebelle, à l’époque. Non, non, plutôt ce type de gosses qui se disent « ah, tiens, pourvu que j’aie une bonne note en dictée : comme ça, Maman m’emmènera peut-être manger des frites à la cafétéria de Cora*, samedi », « quand même, est drôlement gentil, presque autant que Pollux ou Sidonie » ou encore « pourquoi M. du Snob est-il aussi snob ? ». Ce genre de gosses, ; aussi, qui sont punis pendant la récréation, obligés de rester assis, appuyés contre le mur, avec leur Bled sur les genoux, et qui ont vingt minutes – TU ENTENDS, GRIFFIN, VINGT MINUTE, PAS UNE DE PLUS – pour connaître par cœur la liste de «leurs » conjonctions de subordination : « si, que, quand, comme, lorsque et les locutions construites sur la base de que, M’dame, si, que, quand, comme, lorsque et les locutions construites sur la base de que, si, que, quand, comme, lorsque et les locutions construites sur la base de que… » Ce qui est amusant, c’est que, lorsqu’aujourd’hui il m’arrivent de croiser, dans mes activités quotidienne, un auditoire plus ou moins pubère, je lui ressors la liste de ces conjonctions dans cet ordre précis où je les ai apprises, voilà… je ne vais pas dire combien de temps : « le garçon aux cheveux verts », même s’il ne me lit pas, risquerait de découvrir que je n’ai plus franchement l’âge d’aller rouler du croupion au Queen ou je ne sais où (mais bon, je suis quand même nettement plus jeune que Brad Pitt, hein, par exemple) ! Passons : aucun intérêt ! Qu’est-ce que je disais ? Ah oui : quand aujourd’hui un gosse a l’audace de me demander « mais Monsieur, ça sert à quoi de connaître la liste des conjonctions de subordination », je l’avoue, en un instant, ma vie s’écroule ou se brise, un peu comme une psyché. Alors, généralement, je saute sur le rebelle, l’étrangle, lui explose la tête contre le mur, l’étripe et me repais de ses entrailles en lui hurlant dans les oreilles : « C’est très utile, connard ! Tu ne peux pas vivre sans, ni te prétendre créature de’ Dieu, ou humain, ni quoi que ce soit Alors tu vas dans la cour, tu t’adosses au mur et tu as vingt minutes, vingt, hein, pas vingt-et-une, pour la connaître par cœur, cette putain de liste des conjonctions de subordination ! Et dans l’ordre, hein, pédé, parce que si ce n’est pas dans l’ordre, ça ne compte pas !
Comment voulez-vous construire une œuvre littéraire, dans ces conditions.
Bon sang, c’est fou, quand même, comme une simple photo cornée ou jaunie peut nous faire penser à des tas de trucs et nous emporter loin ! Tiens, si j’avais du talent, je crois que j’écrirais un truc à ce sujet. Un truc comme ça
Mais bon…
* Bien sûr, je mens outrageusement : à l’époque, en bon V…dunois, je disais « à la cafétéria DU Cora »
PS Qu'est-ce qu'on était moches et mal habillés, quand même à l'époque. Non, non, en vérité, la nostalgie, moi, je laisse ça à d'autres.
PPS (comme disent les informaticiens): Impossible de me rappeler le nom du beau gosse qui est au premier rang. Comme quoi, à l'époque, je devais vraiment être naïf, innocent, et dans le seul souci de plaire à la maîtresse - une sale garce végétarienne, précieuse et âgée d'environ quatre-vingt quinze ans.
Si Lambert Wilson n'est pas libre, où s'il a autre chose à faire, je crois que je serai assez d'accord pour épouser Bashung, qui vient de sortir un nouvel album, qui vient de sortir un nouvel album, ouais, qui vient de... "Bleu pétrole"!
Cristi, bien loin des Dalida, des Madonna, des Carla et des Lara, qu'est-ce que j'aimerais savoir écrire comme lui ou comme HFT !
PS: Le plus drôle, c'est que, lorsqu'il a sorti "Gaby", en je ne sais plus trop quelle année (je devais avoir deux ou trois ans), j'avais trouvé ça vulgaire et hyper choquant. C'est sûr, ça nous changeait de Salvatore Adaomo et des Compagnons de la chanson!
"Il n'y a pas à avouer qu'on en est, parce que ce n'est pas une faute. Il n'y a pas à proclamer qu'on en est parce qu'il n'y a pas là de quoi tirer une fierté. Il y a simplement à dire qu'on en est parce que c'est comme ça. Ni honte, ni prosélytisme... Dire l'homosexualité, c'est la déculpabiliser." Jean-Louis Bory (1919-1979)
"J'ai couru après le temps
Il portait un manteau de pluie
J'ai déchiré en l'approchant
Un bout de tissu et depuis
C'est à minuit que ça arrive
Quand vous passez au jour suivant
Moi je reste sur l'autre rive
Pour une minute encore vivant
Une minute pour se faire la belle
Avoir la lune sous mes semelles
Et les cheveux dans les étoiles..."
Renan Luce, "24h01" (extrait), 1960
Quand ils sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.
(Poème attrué à Martin Niemöller (1892-1984), pasteur protestant arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.)