Je lis : des ratures.
Je cite : «On met tellement de temps à devenir adulte, c'est toujours trop tard, et la vie se venge en nous infligeant des peines qui ne s'effacent pas et des remords affreusement amers.» (Frédéric Mitterrand)
(mis à jour dimanche 18 novembre 2007 à 08:58)

28/06/2008

28/06/08 - 12:33

Ca alors!


Chapi a encore effacé son blog!
Ce mec est encore pire que moi...

24/06/2008

24/06/08 - 11:24

Petite annonce

Tu as entre 35 et 105 ans
Tu mesures entre 105 et 270 cm (non, non, Jérôme: je ne parle pas de la taille du sexe)
Tu pèses entre 60 et 160 kg
Tu es blond, brun, roux, chauve ou rasé
Tu es d'une hygiène irréprochable
Tu es (condition sine qua non) un expert du repassage
Tu sais aussi faire les vitres et cirer un parquet
Tu es maître queux (du calme, Jérôme, du calme!); tu sais, tout particulièrement, cuisiner le poisson et tu fais une paella à faire se damner un Nadal.
Tu es super organisé, hyper réaliste et tout et tout, sans pour autant mépriser les gens qui sont un tantinet bordéliques et, pour parler comme les jeunes, un peu "à l'ouest"
Tu n'as pas de mère, ni de chien
Tu es plutôt de formation scientifique, économique, commerciale ou juridique (les trucs bien chiants, quoi), et tu es intimement persuadé que deux et deux font bien quatre (m'enfin, Jérôme, y'en à marre: non, non, je ne cherche pas à faire une partouze!)
Pour toi, le plus beau des plans sexe, c'est d'être assis à deux heures du matin sur une plage déserte face à l'océan Atlantique.
Aller te promener le dimanche matin, ou la nuit, en forêt d'Argonne, te ferait kiffer grave
Tu aimes les livres, oh, pas forcément les livres rares ou les éditions de luxe, non, non, les 10/18 et les livres de poche. Tu aimes Racine, Montaigne, Pascal et Le Clézio, mais tu ne dédaignes pas Duras, Butor, Sarraute ou Blanchot. Pour toi, une bonne soirée, ça peut être de regarder, shooté au poppers, La Foêt d'émeraude ou Mort à Venise (oui, oui, Jérôme, on sait: le Rush est encore plus puissant que le Jungle juice +). Et puis tu ne fais pas partie de ces pisse-froid qui considèrent que Cadinot était un affreux et dangereux pédophile
Tu es ce mec qui es capable de dire à ma mère: " Tais-toi! Trouve-toi un mec, ou une nana, arrête de tomber malade dès que ce bon bougre de Griffin est en vacances, vis ta vie et arrête de faire chier!"
Tu es ce mec qui est capable de dire: Eh, oh, Griffin, rien à foutre, on arrête tout: tu sais quoi, on se casse en Ardèche, dans un petit village genre de cent habitants, et on ouvre une librairie-bibliothèque- café-café théâtre-galerie d'art - rien à foutre: on a quatre-vingt ans à passer sur terre, le compteur est déjà déclenché, ne perdons pas de temps.
Tu es ce mec qui est capable de dire: "Eh, oh, c'est quoi, ce délire sur Rafael Nadal? Bon, c'est clair, tu es moins beau, moins sexy, moins intéressant ou du moins moins sexuellement attirant que lui. Mais qu'est-ce qu'on s'en fout! Sérieusement, tu me vois me casser en Ardèche avec Rafa pour ouvrir une librairie-café-concert? Et puis bon, sois un peu honnête avec toi-même: voilà trente-sept ans que tu n'arrives pas à être l'idéal que tu veux être. Alors laisse tomber, et vis."
Mais bon, surtout, surtout, hein, tu es super bon en repassage.

Alors contacte-moi - de toute urgence!

Note à benêts: Ah oui, au fait, je suis noir. Pas un noir à la Carl Lewis ou à la Tyson Beckford: non, non, un noir, tout simple, du genre qu'on ne remarque même pas quand on le croise dans la rue. Certes, j'ai un sexe de 33,8 cm, mais est-ce bien important? Brisons là: tout ça pour dire que si vous êtes raciste, lepeniste ou même sarkoziste, mon annonce ne saurait vous intéresser.

07/06/2008

07/06/08 - 10:27

J'ai enfin compris ce qui me tracassait depuis quelques jours.
Comme quoi faire un aller-retour de 270 kilomètres un vendredi en fin d'après-midi n'est pas forcément une perte de temps.
Ouais, je suis assez content, là, en fait.

04/06/2008

04/06/08 - 04:49

"5 heures du mat' j'ai des frissons,
Je claque des dents et je monte le son,
Seul sur le lit
Dans mes draps bleus froissés
C'est l'insomnie,
Sommeil cassé."

03/06/2008

03/06/08 - 18:48

Et le temps passe...

On a beau avoir tout fait contre ça
Ne s’être pas marié
N’avoir pas eu d’enfant
Avoir refusé d’acheter – entendons : un appartement, une maison, une voiture d’homme
Le temps passe.

Le temps passe : qu’est-ce que ça veut dire ? Que les rides se creusent, que la peau se détend ?
Qu’on se regarde dans la glace et qu’il nous faut quelques secondes pour retrouver, sous le visage actuel, les traits de l’enfant dont on est de plus en plus seul à penser qu’il n’est pas si loin ? Que l’image que l’image a de nous correspond de moins en moins à notre réalité ? Qu’à un jeune de vingt ans, on voudrait dire : « Je ne sais pas ? »

Il y a cette chanson de ce type qu'il ne faut pas aimer et qui dit un peu ça.

Mais non, non:
tout ça n’est pas important.

Le temps passe, ça veut dire que, malgré tout ce que l’on n’a pas fait, malgré tout ce que l’on a lutté à ne pas faire ou malgré ce que l’on a toujours eu peur de faire, les gens qui nous sont proches, les gens qui nous sont rassurés, sont en train de mourir. De jour en jour, on se sent plus seul, et l’on a de plus en plus peur.

Ceux qui pour nous restent si présent pour d’autres ne sont même pas des souvenirs, et cette simple idée est tout bonnement vertigineuse.

Vivre, c’est mourir, et point final. Quand on a vingt et le ventre imberbe, on ne le sait pas, ou on l’oublie. Heureux temps des vingt ans. A trente-sept, on compte les rides de ceux qu’on aime, et ses déceptions. On a peur alors bien même que l’on sait que la bienséance, c’est la sagesse, la quiétude – fût-elle illusoire.

Le temps passe… et tout le reste n’est que littérature.

Putain, je ferais peut-être bien de commencer enfin à lire Leiris, moi!

02/06/2008

02/06/08 - 22:59

J'aime bien cet article

On le sait, depuis un mois: on n'a plus le droit, dans le JDI, d'écrire qu'on a été touché, troublé, ému, peiné peut-être, par la disparition de tel ou tel - au risque d'être moqué, raillé, conspué, voué aux gémonies. Aujourd'hui plus que jamais, pour paraître spirituel, soyons cynique.
Alors, je me garderai bien de parler dans le JDI de la mort, aujourd'hui... d'Yves Saint-Laurent.

D'ailleurs, toi qui me connais, improbable lecteur, tu ne manquerais de m'interpeller: "M'enfin, mais qu'est-ce que tu en as à foutre, de Saint-Laurent. La mode, tout ça, tu n'y connais rien. Hein, hein, c'est quoi, pour toi, la mode? Un Levis 501 et un tee-shirt débardeur blanc, le plus ajusté possible". Et tu aurais raison, toi, mon semblable, mon frère.
Quant à moi, tout au plus ajouterais-je peut-être, depuis ce week-end, une casquette blanche portée de manière un peu canaille, une paire de lunettes de soleil très noires même s'il n'y a pas de soleil et peut-être une petite pochette, portée en bandoulière, de marque Vanity ou imitation Vanity - je ne m'y connais pas assez en ces domaines pour avoir un avis assuré.

Bref, c'est vrai que je m'en fous un peu, moi, de la mode vestimentaire. J'ai toujours pensé que James Dean eût toujours James Dean avec un sous-pull jaune et un jean Tatie à vingt euros - et, à l'inverse, que Demis Roussos eût été ridicule dans l'un de ces slips blancs Calvin Klein qui, à l'éveil de ma puberté, seyaient si bien à Jeff Stryker et agaçaient si bien mes sens.

Bref, je me fous de la mode comme de l'an quarante ou, pour mieux dire, comme de l'an 1947. Que se passait-il en 1947? Je n'en ai pas la moindre idée. C'est dire si je m'en fous!
La mode, la mode... si quelqu'un a pu croire, ici, que je me moquais de lui parce que je riais d'apprendre l'existence d'une certaine Agnès B, ou C, ou D, soyons clair: je riais surtout de moi, dont le styliste préféré s'appelle M. Cora, et qui pense faire des dépenses inconsidérées lorsque je vais, une fois tous les quinze ans, acheter une veste ou un pantalon "un peu bien"... à C&A.

Passons. Qu'est-ce que je disais? Ah oui: Yves Saint-Laurent. Il y a deux choses qui m'ont toujours marqué, chez ce type: son visage disgracieux - bon sang, maintenant, quand j'écris ici, je me méfie, hein; alors disons: disgracieux à mes yeux - alors que lui n'était occupé que de la grâce; et puis la fragilité, la timidité de sa voix... Je crois qu'Yves Saint-Laurent est un type dont j'aurais pu tomber amoureux, rien que pour sa voix.

Ici, l'énigmatique et troublant Arpad, qui lit toujours ce que personne d'autre n'a vu, s'étonnera fort: quelle rapport, en effet, avec la petite frappe aux tétons saillants de la terrasse du Windsor, ce vendredi soir à N***. La beauté, énigmatique et troublant Arpad, la beauté! Encore une fois, je n'oserai plus l'écrire ne le dirai pas dans le JDI mais je pense qu'on peut en effet estimer qu'Yves Saint-Laurent était beau. Pas pour son fric et pour sa renommée: non, pour sa voix fragile et pour son regard improbable - Duras eût dit: "comme une pièce de monnaie tombée".

Enfin bon, on s'en fout. Vraiment: Yves Saint-Laurent, je m'en fous!

En revanche, je ne me fous pas de cet article, que j'ai trouvé très beau. Comme le bras nu, sculptural et bronzé d'un voyou apollinairien inconscient - ou bien? - de sa grâce comme la voix fragile de Saint-Laurent et qui vous fait éprouver que vous êtes (devenu?) plus verlainien que rimbaldien - hélas.
Un jour, demain peut-être, je dirai l'échange de nos regards hostiles, vendredi , à la terrasse du Windsor, face à la mer la gare de N***. Je dirai peut-être... la douceur et la jouissance d'imposer sans concession au tigre l'idée qu'il n'est pas menace mais objet de désir. Cette jouissance de l'incompréhension hostile du regard de celui qui comprend soudain être, hors contexte et pour des raisons qui n'affleurent pas encore, ou pas précisément, à sa conscience, être regardé. Ou alors, je ne dirai rien. Ce genre de trucs, je les oublie assez vite après les avoir pensés, ou écrits. Eh, c'est que je ne suis pas Jérôme, moi, qui rêve deux ans après à la matraque du petit vigile d'une cinémathèque*.

Enfin bref, je voulais juste dire ici que, malgré toute mon indifférence, et sans même savoir pourquoi, j'aimais bien cet article, que j'ai trouvé ici :



" Depuis l’annonce du décès d’Yves Saint-Laurent, certains ont l’air de marcher sur des œufs en parlant de Pierre Bergé, "ex-PDG de Saint Laurent", "confondateur de la griffe et proche du couturier", parfois "son ami".

Ces périphrases de vieilles personnes sont d’autant plus étonnantes que les intéressés, pacsés, n’ont jamais caché leur relation de cinquante ans. "La pudeur vient des médias", dit-on à la fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent. Yves Saint Laurent ne semblait même pas conscient qu’il s’agissait d’amours interdites pour l’époque. Le couple, formé en 1958, s’était "séparé sans se séparer" dans les années 1980, chacun pouvait vivre des histoires séparées et ils en parlaient assez librement.

En témoigne ce très long portrait que le New York Times avait consacré en 2000 au quasi naufrage émotionnel d’Yves Saint Laurent. Les deux hommes (et plusieurs amis) répondent à la journaliste sur leurs liens. L’article décrit deux hommes aux personnalités opposées: Yves Saint Laurent, mélancolique, sensible, peu sûr de lui, autocentré; Pierre Bergé plus froid, parfois emporté, curieux de multiples univers, de la culture à la politique… Un témoin raconte les débuts passionnés, Bergé pourchassant Saint Laurent avec un couteau dans les escaliers.

Plus tard, Bergé devient le moteur professionnel, "parfois cruellement" derrière le créateur, la "figure adulte centrale" qui s’assure que Saint Laurent dispose de l’environnement créatif stimulant dont il avait besoin, établit la marque, protège son image quand le créateur sombre dans la drogue ou l’alcoolisme, ou "pousse un Saint Laurent rendu hagard par les tranquillisants sur le podium après les défilés". A la journaliste qui souligne la complexité de leur relation, Bergé répond:

"Je me fiche de ce que les gens disent;les gens pensent qu'Yves est le faible et que je suis le fort, mais je connais la vérité."

On pourrait se dire que la vie de couple de Saint Laurent appartient à la vie privée, mais cette relation fusionnelle avec un homme qui fut à la fois son compagnon, quasiment son pygmalion et l’homme d’affaires derrière son succès relève-t-elle seulement de la sphère privée? Comment comprendre Saint Laurent sans aborder le rôle de Bergé? Et aurait-on parlé d’"ami de longue date" pour un couple hétérosexuel pacsé?

Guillemette Faure"

 



"Il n'y a pas à avouer qu'on en est, parce que ce n'est pas une faute. Il n'y a pas à proclamer qu'on en est parce qu'il n'y a pas là de quoi tirer une fierté. Il y a simplement à dire qu'on en est parce que c'est comme ça. Ni honte, ni prosélytisme... Dire l'homosexualité, c'est la déculpabiliser." Jean-Louis Bory (1919-1979)

"J'ai couru après le temps
Il portait un manteau de pluie
J'ai déchiré en l'approchant
Un bout de tissu et depuis

C'est à minuit que ça arrive
Quand vous passez au jour suivant
Moi je reste sur l'autre rive
Pour une minute encore vivant

Une minute pour se faire la belle
Avoir la lune sous mes semelles
Et les cheveux dans les étoiles..."



Renan Luce, "24h01" (extrait), 1960







Quand ils sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.


(Poème attrué à Martin Niemöller (1892-1984), pasteur protestant arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.)