Je lis : des ratures. Je cite : «On met tellement de temps à devenir adulte, c'est toujours trop tard, et la vie se venge en nous infligeant des peines qui ne s'effacent pas et des remords affreusement amers.» (Frédéric Mitterrand) (mis à jour dimanche 18 novembre 2007 à 08:58)
Autant j'éprouve le plus pur mépris pour Villepin, qui représente pour moi, avec Martinon et Balladur, à peu près tout ce que je méprise déteste*, autant je suis aujourd'hui bien obligé de reconnaître que c'est le seul dont les propos, à la mort d'Aimé Césaire, me semblent avoir un peu de tenue, un peu de sens. Car pour le reste, Ségolène et Chirac en tête, bon sang, que tout cela me semble affligeant!
Les énarques représentent aujourd'hui l'élite de la nation: soit. Ils nous encsodom aiment à sec et sans capote - soumettons-nous. Mais qu'ont-ils en plus besoin de parler de poésie? Et notamment tous ceux qui, au quotidien, foulent au pied toutes les valeurs, toutes les idées que Césaire a défendu tout au long de sa vie?
Non, que ces gens se contentent de nous appauvrir, de nous désenchanter, de nous désespérer, de nous humilier, qu'ils continuent à nous déshumaniser, dans une société ou dans un monde où une rollex a de la valeur et où l'on va dépenser 92 euros pour se faire couper les cheveux; que ces énarques, disais-je, continuent de mépriser le petit peuple et de piétiner, en croquant des petits fours, la notion de république - mais que, de grâce, de grâce, ils laissent aux chiens gâleux dont je suis la poésie - qui n'est de toute façon pas productive, pas "bankable", dirait cette poissonnière de Seigner.
Césaire est mort. C'est regrettable (bon, en même temps, faut bien mourir un jour, hein) mais foutez-nous la paix, les énarques, les politiques, vous tous. Allez donc vous baffrer dans je ne sais quel restaurant hip dont je ne connais même pas le nom, faites tourner Boutin ou défoncez-vous à la coke, comparez vos costumes à trois cents euros mais, de grâce, de grâce, quand il est mort le poète, abstenez-vous, vous les Sarkozy, les Chirac, les Albanel, d'ouvrir vos gueules. Contentez-vous d'ouvrir vos portefeuilles.
* Je synthétise, bien sûr, car la liste est longue: je devrais en fait citer tant et tant, et en premier lieu, bien sûr, ce petit rat de Mégret.
Je me suis fait à peu près la même réflexion hier soir, entendant M. de Villepin évoquer avec passion et beaucoup d'à-propos l'oeuvre d'Aimé Césaire. Pas un discours convenu et écrit par un nègre... heu, un collaborateur. Des mots qu'il n'a pas eu à apprendre pour la circonstance. Ca se sentait, c'était sincère et boudiou que ça fait du bien, au fond.
Pour la suite de ton propos : ça y est, tu es soulagé après ce coup d'gueule m'sieur Griffin ? ;o)
Soulagé? Euh, comment ça?... je ne comprends pas l'allusion...Non, à vrai dire, un peu triste, simplement, comme chaque fois (de plus en plus souvent) que disparaît quelqu'un qui m'a aidé à me construire.^^
Comme quoi il y a des mecs avec une réelle intelligence et de la culture, même à droite...une sincérité qui est bien au-delà de la récupération médiatique...
Mieux vaut etre un fin lettré et un piètre politique, qu'un "soit disant bon" politique et un lettré de merdre comme l'est Sarkozy, quoique question politique sans ses conseillers....
Aimé Césaire métitait à ses obséques un autre président de la république que celui-là...
C'est évidemment un immense qui s'est tu. Mais ce peut être l'occasion pour certains de l'apprendre et d'avoir la curiosité de lire l'un de ses textes - poésie, théâtre, essai. Il n'y a pas que le Cahier d'un retour au pays natal. Le Discours sur le colonialisme est particulièrement d'actualité, ces temps-ci. Ce n'est pas certes le compliment qu'il aurait attendu, plus de cinquante ans après sa rédaction, mais c'est un fait. Une saison au Congo, sur l'assassinat concerté par l'ONU et les USA contre Patrice Lumumba pourrait instruire aussi notre Président et son conseiller et nous épargner le ridicule de ce discours prononcé l'an dernier à Dakar, à l'Université Cheik Anta Diop.
Et puis il y a ce dernier recueil, moi, laminaire, proche d'une confession discrètement glissée au mitan du souffle.
Cela dit, cet hommage unanime laisse rêveur venant de ceux qui ne l'ont jamais lu, ni compris, ni accepté (à la différence de Senghor, infiniment plus gérable en raison d'une vision beaucoup plus "conforme et fade" - voir la tristement célbre formule "la raison est hellène, l'émotion est noire"....) J'ai le sentiment que la demande de panthéonisation venant de la part de la Ministre des armées, puis l'incroyable déclaration d'un Sarkozy dont on cherche vainement quel livre peut traîner sur sa table de nuit me semblent être des leurres (au sens strict employé à la chasse ou à la pêche...aux voix) pour faire oublier la politique xénophobe et les pratiques racistes de l'Etat.
Je suis également d'accord avec votre jugement initial - à part Villepin, quel politique est simplement crédible quand il parle de l'œuvre de Césaire? Ces gens-là ne l'ont jamais lu. Phrases creuses et formules retenues rapidement sur le même assimil fourni par l'unique agence de communication disponible, qui aussitôt dénoncent l'imposture et la posture. Le plus insupportable, dans cette surenchère (si le Panthéon ne suffit pas, pourquoi pas les Invalides? mieux : la crypte des Rois à la basilique de Saint-Denis!), c'est la pose prise face caméra devant le cercueil exposé. La palme revient sans contestation possible à Marie-Ségolène, dont l'expression de piété émue tente de nous faire croire qu'elle est quasi de la famille, une intime personnellement atteinte. Je trouve cela obscène, et je trouve au contraire la discrétion toute en retenue des proches, des familiers un modèle de dignité et d'éducation. L'interview de son ami Aliker - visible sur RFO ou d'autres sites rendant hommage à Césaire - frappe par sa densité, sa profondeur, sa justesse constante. L'interviewé aurait pourtant plus d'une raison d'être en train de bafouiller d'émotion, ou de ne pas savoir ce qu'il dit. Non, l'élocution est impeccable, l'oeil vif, la pudeur maîtrisant très certainement la dévastation intérieure. L'homme a 102 ans, et il ne fait pas le mariole comme tant d'autres qui se ruent à Fort de France comme le dernier endroit chic de la saison.
(Parce que tout de même, moi-z-aussi, à plus d'un titre, je pourrais poser sur la photo!)
"Il n'y a pas à avouer qu'on en est, parce que ce n'est pas une faute. Il n'y a pas à proclamer qu'on en est parce qu'il n'y a pas là de quoi tirer une fierté. Il y a simplement à dire qu'on en est parce que c'est comme ça. Ni honte, ni prosélytisme... Dire l'homosexualité, c'est la déculpabiliser." Jean-Louis Bory (1919-1979)
"J'ai couru après le temps
Il portait un manteau de pluie
J'ai déchiré en l'approchant
Un bout de tissu et depuis
C'est à minuit que ça arrive
Quand vous passez au jour suivant
Moi je reste sur l'autre rive
Pour une minute encore vivant
Une minute pour se faire la belle
Avoir la lune sous mes semelles
Et les cheveux dans les étoiles..."
Renan Luce, "24h01" (extrait), 1960
Quand ils sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.
(Poème attrué à Martin Niemöller (1892-1984), pasteur protestant arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.)
18/04/08 - 11:09
Je me suis fait à peu près la même réflexion hier soir, entendant M. de Villepin évoquer avec passion et beaucoup d'à-propos l'oeuvre d'Aimé Césaire. Pas un discours convenu et écrit par un nègre... heu, un collaborateur. Des mots qu'il n'a pas eu à apprendre pour la circonstance. Ca se sentait, c'était sincère et boudiou que ça fait du bien, au fond.
Pour la suite de ton propos : ça y est, tu es soulagé après ce coup d'gueule m'sieur Griffin ? ;o)
rv37