J'aime bien cet article
On le sait, depuis un mois: on n'a plus le droit, dans le JDI, d'écrire qu'on a été touché, troublé, ému, peiné peut-être, par la disparition de tel ou tel - au risque d'être moqué, raillé, conspué, voué aux gémonies. Aujourd'hui plus que jamais, pour paraître spirituel, soyons cynique.
Alors, je me garderai bien de parler dans le JDI de la mort, aujourd'hui... d'Yves Saint-Laurent.
D'ailleurs, toi qui me connais, improbable lecteur, tu ne manquerais de m'interpeller: "M'enfin, mais qu'est-ce que tu en as à foutre, de Saint-Laurent. La mode, tout ça, tu n'y connais rien. Hein, hein, c'est quoi, pour toi, la mode? Un Levis 501 et un tee-shirt débardeur blanc, le plus ajusté possible". Et tu aurais raison, toi, mon semblable, mon frère.
Quant à moi, tout au plus ajouterais-je peut-être, depuis ce week-end, une casquette blanche portée de manière un peu canaille, une paire de lunettes de soleil très noires même s'il n'y a pas de soleil et peut-être une petite pochette, portée en bandoulière, de marque Vanity ou imitation Vanity - je ne m'y connais pas assez en ces domaines pour avoir un avis assuré.
Bref, c'est vrai que je m'en fous un peu, moi, de la mode vestimentaire. J'ai toujours pensé que James Dean eût toujours James Dean avec un sous-pull jaune et un jean Tatie à vingt euros - et, à l'inverse, que Demis Roussos eût été ridicule dans l'un de ces slips blancs Calvin Klein qui, à l'éveil de ma puberté, seyaient si bien à Jeff Stryker et agaçaient si bien mes sens.
Bref, je me fous de la mode comme de l'an quarante ou, pour mieux dire, comme de l'an 1947. Que se passait-il en 1947? Je n'en ai pas la moindre idée. C'est dire si je m'en fous!
La mode, la mode... si quelqu'un a pu croire, ici, que je me moquais de lui parce que je riais d'apprendre l'existence d'une certaine Agnès B, ou C, ou D, soyons clair: je riais surtout de moi, dont le styliste préféré s'appelle M. Cora, et qui pense faire des dépenses inconsidérées lorsque je vais, une fois tous les quinze ans, acheter une veste ou un pantalon "un peu bien"... à C&A.
Passons. Qu'est-ce que je disais? Ah oui: Yves Saint-Laurent. Il y a deux choses qui m'ont toujours marqué, chez ce type: son visage disgracieux - bon sang, maintenant, quand j'écris ici, je me méfie, hein; alors disons: disgracieux à mes yeux - alors que lui n'était occupé que de la grâce; et puis la fragilité, la timidité de sa voix... Je crois qu'Yves Saint-Laurent est un type dont j'aurais pu tomber amoureux, rien que pour sa voix.
Ici, l'énigmatique et troublant Arpad, qui lit toujours ce que personne d'autre n'a vu, s'étonnera fort: quelle rapport, en effet, avec la petite frappe aux tétons saillants de la terrasse du Windsor, ce vendredi soir à N***. La beauté, énigmatique et troublant Arpad, la beauté! Encore une fois, je n'oserai plus l'écrire ne le dirai pas dans le JDI mais je pense qu'on peut en effet estimer qu'Yves Saint-Laurent était beau. Pas pour son fric et pour sa renommée: non, pour sa voix fragile et pour son regard improbable - Duras eût dit: "comme une pièce de monnaie tombée".
Enfin bon, on s'en fout. Vraiment: Yves Saint-Laurent, je m'en fous!
En revanche, je ne me fous pas de cet article, que j'ai trouvé très beau. Comme le bras nu, sculptural et bronzé d'un voyou apollinairien inconscient - ou bien? - de sa grâce comme la voix fragile de Saint-Laurent et qui vous fait éprouver que vous êtes (devenu?) plus verlainien que rimbaldien - hélas.
Un jour, demain peut-être, je dirai l'échange de nos regards hostiles, vendredi , à la terrasse du Windsor, face à la mer la gare de N***. Je dirai peut-être... la douceur et la jouissance d'imposer sans concession au tigre l'idée qu'il n'est pas menace mais objet de désir. Cette jouissance de l'incompréhension hostile du regard de celui qui comprend soudain être, hors contexte et pour des raisons qui n'affleurent pas encore, ou pas précisément, à sa conscience, être regardé. Ou alors, je ne dirai rien. Ce genre de trucs, je les oublie assez vite après les avoir pensés, ou écrits. Eh, c'est que je ne suis pas Jérôme, moi, qui rêve deux ans après à la matraque du petit vigile d'une cinémathèque*.
Enfin bref, je voulais juste dire ici que, malgré toute mon indifférence, et sans même savoir pourquoi, j'aimais bien cet article, que j'ai trouvé ici :

" Depuis l’annonce du décès d’Yves Saint-Laurent, certains ont l’air de marcher sur des œufs en parlant de Pierre Bergé, "ex-PDG de Saint Laurent", "confondateur de la griffe et proche du couturier", parfois "son ami".
Ces périphrases de vieilles personnes sont d’autant plus étonnantes que les intéressés, pacsés, n’ont jamais caché leur relation de cinquante ans. "La pudeur vient des médias", dit-on à la fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent. Yves Saint Laurent ne semblait même pas conscient qu’il s’agissait d’amours interdites pour l’époque. Le couple, formé en 1958, s’était "séparé sans se séparer" dans les années 1980, chacun pouvait vivre des histoires séparées et ils en parlaient assez librement.
En témoigne ce très long portrait que le New York Times avait consacré en 2000 au quasi naufrage émotionnel d’Yves Saint Laurent. Les deux hommes (et plusieurs amis) répondent à la journaliste sur leurs liens. L’article décrit deux hommes aux personnalités opposées: Yves Saint Laurent, mélancolique, sensible, peu sûr de lui, autocentré; Pierre Bergé plus froid, parfois emporté, curieux de multiples univers, de la culture à la politique… Un témoin raconte les débuts passionnés, Bergé pourchassant Saint Laurent avec un couteau dans les escaliers.
Plus tard, Bergé devient le moteur professionnel, "parfois cruellement" derrière le créateur, la "figure adulte centrale" qui s’assure que Saint Laurent dispose de l’environnement créatif stimulant dont il avait besoin, établit la marque, protège son image quand le créateur sombre dans la drogue ou l’alcoolisme, ou "pousse un Saint Laurent rendu hagard par les tranquillisants sur le podium après les défilés". A la journaliste qui souligne la complexité de leur relation, Bergé répond:
"Je me fiche de ce que les gens disent;les gens pensent qu'Yves est le faible et que je suis le fort, mais je connais la vérité."
On pourrait se dire que la vie de couple de Saint Laurent appartient à la vie privée, mais cette relation fusionnelle avec un homme qui fut à la fois son compagnon, quasiment son pygmalion et l’homme d’affaires derrière son succès relève-t-elle seulement de la sphère privée? Comment comprendre Saint Laurent sans aborder le rôle de Bergé? Et aurait-on parlé d’"ami de longue date" pour un couple hétérosexuel pacsé?
Guillemette Faure"
02/06/08 - 23:00
Pourtant même sur France Info, la nature de leur liaison était assez claire "qui a partagé la vie"; "qui fut le compagnon de"
. L'auteure cherche de la pudeur et... elle en trouve. C'est biaisé, ça passe par le prisme de l'auteure à l'affût d'une gêne, d'une retenue...
Sinon, "Guillemette"... "GUILLEMETTE" ?!? ;oP
bamf